Sortir de l’impasse Adam Smith avec Christopher Lasch
Categorie(s) : Textes, par JI Genève
« Il fut un temps, prévient Christopher Lasch dès les premières pages de La révolte des élites, où ce qui était supposé menacer l’ordre social et les traditions civilisatrices de la culture occidentale, c’était la “révolte des masses”. De nos jours, cependant, il semble bien que la principale menace provienne, non des masses, mais de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie »1. Bien davantage que les « classes dangereuses », ce sont aujourd’hui les représentants des élites, « ceux qui contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, qui président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignement supérieur, gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public », qui ont « perdu foi dans les valeurs de l’Occident, ou ce qu’il en reste »2.
Ainsi énoncé, le constat n’a rien d’original. Les États-Unis sont depuis trois décennies le théâtre d’une vigoureuse campagne populiste visant une « nouvelle classe » de technocrates et d’administrateurs qui, à en croire ses détracteurs, « s’efforce, avec une virulence que n’avaient jamais connue les précédentes élites réformistes, de bouleverser les institutions traditionnelles et de les remplacer par de nouveaux types de comportements sociaux et politiques »3. Instrumentalisé par les ténors de la « nouvelle droite » républicaine, ce procès des « gauchistes en limousine » et de leur projet « anti-américain » de corruption des valeurs et institutions auxquelles sont attachées les classes moyennes est même devenu outre-Atlantique un thème récurrent du débat idéologique. De Kevin Philips à Pat Buchanan, plusieurs générations de théoriciens conservateurs y ont puisé leur inspiration.
Dans ce concert de critiques, l’approche de Lasch se distingue toutefois par sa radicalité. Peu d’essayistes en effet ont eu des mots aussi durs pour qualifier l’« étroitesse d’esprit éduquée »4 et le « langage auto satisfait »5 de la « nouvelle élite du savoir ». Son œuvre tout entière est sous-tendue par une hostilité quasi épidermique à l’encontre de l’« arrogance haineuse », de la « culture intellectuelle autarcique et auto-référentielle, provinciale à sa manière », de ces « experts » qu’il décrit comme « irritables, pharisiens, intolérants, incapables dans le feu de la controverse de dissimuler leur mépris pour “ceux qui ne sont pas dans le coup” » : « Lorsqu’ils se trouvent confrontés à [la moindre] résistance [...], ils révèlent la haine venimeuse qui ne se cache pas loin sous le masque souriant de la bienveillance bourgeoise. »
Mais le grand mérite de Lasch est surtout d’avoir tiré le backlash populiste de l’ornière idéologique où l’avaient fait basculer les républicains conservateurs. L’auteur de La culture du narcissisme n’a en effet jamais adhéré à la paranoïa des New Rightists. La vision d’une conspiration « gauchiste », ourdie par les vétérans embusqués de la révolte étudiante et visant principalement les piliers de l’ordre capitaliste, lui a toujours semblé profondément réductrice. Car il est à ses yeux évident que c’est le capitalisme lui-même, bien davantage qu’un « pseudo radicalisme universitaire », qui est à l’origine de la profonde crise morale des sociétés occidentales. Un capitalisme dont il accuse les analystes de tous bords d’avoir sous-estimé l’impact destructeur sur notre cadre de vie aussi bien que sur les valeurs constitutives de notre vision du monde.
Disciple de Marx, lecteur attentif des travaux de l’École de Francfort, Lasch se plaît ainsi à énumérer les « effets corrosifs » du capitalisme triomphant : la destruction de l’éthique traditionnelle du travail au profit d’un salariat « aliénant » et déresponsabilisant ; la lente prolétarisation des classes populaires que ne saurait compenser la « démocratisation » d’un luxe de pacotille ; la subversion de la famille biparentale, bouleversée par les conséquences de la généralisation du travail féminin ; la confiscation progressive du pouvoir par les trusts et conglomérats ; la dérive techniciste et utilitariste des sciences de l’éducation ; l’avènement d’une morale relâchée, reposant sur la primauté du désir ; le triomphe d’une « culture de masse », « fabriquée selon les lois de l’industrie et imposée aux hommes comme n’importe quelle marchandise »6.
Le travail de sape du capitalisme avancé
Il ne faut pas, selon Lasch, chercher plus loin les causes profondes du marasme contemporain : « [...] notre obsession pour le sexe, la violence et la pornographie [...] ; notre dépendance maladive aux drogues, au “divertissement”, et aux informations du soir ; notre exaspération face à tout ce qui limite notre liberté souveraine de choix, spécialement les contraintes maritales et les liens familiaux ; notre préférence pour les engagements qui n’engagent à rien ; notre système scolaire de troisième ordre ; notre moralité de troisième ordre ; notre refus d’établir une distinction entre le bien et le mal de peur d’imposer notre moralité aux autres [... ] ; notre répugnance à juger et à être jugé ; notre indifférence aux besoins des générations à venir ». Autant de corollaires de l’épanouissement d’un « ordre nouveau » dont Marx observait dès 1848 qu’il « ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production et [...] les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux »8.
L’argument est à double tranchant. En liant étroitement les transformations sociales des deux derniers siècles au déploiement progressif d’une infrastructure de production capitaliste, Lasch met certes à mal la croyance des populistes conservateurs en la possibilité de préserver les équilibres de la société traditionnelle tout en glorifiant « l’expansion économique et une dynamique entrepreneuriale dérégulée, les puissances par excellence qui [ont] sapé la tradition »9. Mais il n’est pas moins sévère envers les représentants de la gauche américaine, qui persistent à tenir le capitalisme pour un « ordre social conservateur, autoritaire, patriarcal, fondé sur la répression de la libido », et s’épuisent dans une croisade dérisoire contre la famille, les Églises, l’élitisme universitaire, l’« éthique bourgeoise du travail », sans se rendre compte que « ceux-ci ont déjà été sapés ou détruits par le capitalisme avancé »10.
Le petit peuple contre l’aliénation progressiste
En pointant du doigt cette gauche « moderne » qui a depuis longtemps « abandonné le point de vue des travailleurs » pour prôner une « libération » de l’individu et une « contre-culture » dont il n’est pas difficile de voir qu’elle ne fait que conforter le système en place, Lasch définit parmi les premiers la synthèse « libérale-libertaire » qui régente chaque jour un peu plus la vie de nos sociétés : « D’un côté l’exhortation prétendument “libertaire” à émanciper l’individu de tous les “tabous” historiques qui sont supposés faire obstacle à son fonctionnement comme pure “machine désirante”, de l’autre le projet libéral d’une société homogène dont le marché autorégulateur constituerait l’instance à la fois nécessaire et suffisante pour ordonner au profit de tous le mouvement brownien des individus “rationnels”, c’est-à-dire enfin libérés de toute autre considération philosophique que celle de leur intérêt bien compris. »11 Loin de s’opposer, les deux facettes de ce projet se complètent et contribuent chacune à sa manière à délimiter le « cadre psychologique et intellectuel très étroit » à l’intérieur duquel devraient désormais se débattre les protagonistes du débat idéologique.
C’est tout l’enjeu de la monumentale histoire de l’idée de progrès qui constitue le fil conducteur du Seul et vrai paradis : mettre en évidence la montée en puissance, sur les ruines du « vieil idéal républicain de la citoyenneté » et de son conservatisme épidermique, de l’idée « révolutionnaire » que l’« adoption a priori de n’importe quelle posture modernisatrice ou provocatrice – que ce soit sur un plan technologique, moral ou autre – »12 est une victoire sur l’« obscurantisme » pré-libéral. Rapidement avalisé par l’ensemble de la gauche, avec « un enthousiasme et une bonne conscience directement proportionnelle à [son] absence d’esprit critique », ce nouveau paradigme consacre aux yeux de Lasch l’avènement d’une forme perverse de progressisme, qui sacrifie toute perspective de perfectionnement moral à une « fuite en avant » dont le marché est le seul bénéficiaire.
Bien que justifiée par la promesse d’une amélioration ininterrompue des conditions matérielles d’existence, ce programme a eu les plus grandes difficultés du monde à obtenir l’adhésion des classes populaires. Viscéralement attachées à ces institutions mêmes que le « progrès » contribuait à démanteler – l’école publique, la famille traditionnelle, la démocratie locale, la petite entreprise -, ces dernières n’ont pas craint au contraire d’apporter tout au long du XIXe siècle leur soutien à une série de mouvements « radicaux » – agrariens, populistes, syndicalistes – dont le trait commun était une hostillité sans faille à l’encontre des mutations socio-économiques en cours. Persuadé que « le maintien sans changement des anciens modes de production [est] la condition première de [son] existence », peu convaincu par un idéal de « promotion sociale » dont la conséquence la plus évidente était de « priver la classe laborieuse de ses meilleurs éléments », le petit peuple a ainsi manifesté son opposition indéfectible à l’« aliénation progressiste » mise en œuvre par les libéraux.
À en croire Lasch, c’est la raison pour laquelle les « nouvelles élites » ont toujours éprouvé une profonde défiance à l’encontre de l’Américain moyen. Suspect de tiédeur envers l’ingénierie sociale, celui-ci en est même venu à symboliser tout ce qui se dresse sur la route du progrès : « les valeurs familiales, le patriotisme irréfléchi, le fondamentalisme religieux, le racisme, l’homophobie, les opinions rétrogrades sur les femmes ».13 Aussi tout a-t-il été mis en œuvre pour le museler : entre l’instauration d’un débat idéologique factice et étroitement encadré, le remplacement de l’« art de la controverse » par « la publicité, la promotion et d’autres formes de persuasion commerciale », l’abaissement programmé du niveau du système éducatif, qui ne vise plus à former des citoyens autonomes mais des « consommateurs » passifs et « adaptables » et le triomphe d’un multiculturalisme débilitant qui masque mal une « citoyenneté à deux vitesses », l’unique but des politiques libérales semble être de convaincre les électeurs que « les décisions politiques sont entre les mains d’experts sans passion ni préjugé et que les problèmes dont traitent les experts sont inintelligibles à l’homme ordinaire ».14
C’est d’ailleurs ce qui fait l’originalité de factuelle classe dirigeante : non pas sa position prééminente dans la société, mais plutôt son incapacité manifeste à prendre en compte les préoccupations de ses contemporains. Il faut dire que les « nouvelles élites » n’ont que faire du délabrement progressif des infrastructures urbaines de leur pays. Barricadées dans des « quartiers réservés », elles « envoient leurs enfants dans des écoles privées, elles s’assurent contre les problèmes de santé en adhérant à des plans financés par les entreprises où elles travaillent et elles embauchent des vigiles privés pour se protéger contre la violence croissante qui s’en prend à elles. Elles sont [...] sorties de la vie commune »15. Affligées de tous les vices de l’aristocratie sans avoir aucune de ses vertus, elles ont perdu de vue « qu’il existe des obligations réciproques entre le petit nombre des favorisés et la multitude » et se refusent à contribuer de quelque façon que ce soit au bien public.
Coupés des réalités les plus élémentaires de la vie sociale, ces « bourgeois-bohèmes » sont aux yeux de Lasch des « nouveaux nomades », qui ont compris que « le prix à payer pour l’ascension sociale était un mode de vie itinérant » et ne se sentent chez eux qu’« en transit sur le chemin d’une conférence de haut niveau, de l’inauguration d’un gala d’un nouveau magasin franchisé, de l’ouverture d’un festival international de cinéma, ou d’une station touristique encore vierge ». C’est pourquoi le « multiculturalisme » leur convient parfaitement, car il évoque pour eux l’image agréable d’un bazar universel, où l’on peut jouir de façon indiscriminée de l’exotisme des cuisines, des styles vestimentaires, des musiques et de coutumes tribales du monde entier, le tout sans formalités inutiles et sans qu’il soit besoin de s’engager sérieusement dans telle ou telle voie »16.
Une conception alternative du progrès social
Pas de quoi évidemment nourrir un sens civique exacerbé. Pas de quoi non plus asseoir une personnalité stable. Loin d’être « sûr de lui et dominateur », le « bobo » apparaît à Lasch sous les traits d’un « nouveau Narcisse », « pantin pathétique qui s’agite désespérément dans l’univers ennuyeux, tyrannique et puritain délit consommation » : fragilisé par sa « culture du doute », il « ne cherche pas à imposer ses propres certitudes aux autres [mais] cherche un sens à sa vie [... ]. Libéré des superstitions du passé il en arrive à douter de la réalité de sa propre existence. Superficiellement détendu et tolérant, il montre peu de goût pour les dogmes de la pureté raciale ou ethnique ; mais il se trouve également privé de la sécurité que donne la loyauté du groupe et se sent en compétition avec tout le monde [...]. Sur le plan de la sexualité, il a une attitude ouverte [mais] son émancipation des anciens tabous ne lui apporte pas la paix pour autant dans ce domaine. [...]. Avide, dans la mesure où ses appétits sont sans limite, il […] vit dans un état de désir inquiet et perpétuellement inassouvi ».17
Au final, le tableau que Lasch brosse de la société de son temps n’incite guère à l’optimisme. Il y a du George Orwell dans sa vision d’un ordre social profondément aliénant, vécu par ses administrés sur le mode d’une dépossession permanente : sujet passif d’un « paternalisme sans père », l’individu « s’y trouve en permanence observé, non par des contremaîtres ou des surveillants, mais par des experts en marketing et des techniciens de sondage qui lui disent ce que les autres préfèrent et ce qu’il doit par voie de conséquence lui aussi préférer, ou encore par des médecins et des psychiatres qui l’examinent dans le but de découvrir en lui quelques symptômes de maladies qui auraient pu échapper à un œil non exercé »18. La démocratie s’efface ainsi devant un « totalitarisme mou » d’autant plus dangereux qu’il est en apparence inodore.
L’évolution est-elle irréversible ? Lasch se refuse à le croire. Hégémonique il y a vingt ans encore, le sophisme libéral qui postule que le déploiement de l’économie de marché s’accompagne d’une distribution toujours plus large des richesses ne résiste pas à l’examen. Il est de plus en plus évident que les inégalités vont au contraire en s’accroissant, au point de menacer la cohésion du corps social 19. De ce point de vue, le libéralisme n’a pas tenu ses engagements. Conjugué à la faillite intellectuelle du progressisme 20 et à la montée des préoccupations environnementalistes liées à l’épuisement des ressources naturelles de la planète, ce constat d’échec ouvre selon Lasch la voie au retour à une conception alternative du progrès social et à un « mode d’existence plus sobre » : là où le progressisme s’appuyait sur le « déni des limites au pouvoir et à la liberté de l’homme », le besoin se fait sentir d’un contrepoint idéologique capable d’« explorer certaines expressions politiques et idéologiques du sens des limites »21.
C’est le sens de ce « populisme », que Lasch conçoit comme un retour aux sources de l’idéal républicain et de sa « vaste critique du progrès, du rationalisme et de l’ambition illimitée ». Le populisme, c’est le « combat radical pour la liberté et l’égalité politique mené au nom des vertus populaires ». Remontant à Henry George et Brooks Adams, prenant appui sur le syndicalisme révolutionnaire aussi bien que sur le luddisme 22 , la réaction agrarienne et le calvinisme puritain, ce « rameau oublié de la tradition politique américaine » vise avant tout à restaurer une conception classique de la citoyenneté fondée, non sur la démocratisation du luxe, mais sur la « démocratisation de la Compétence ». Aux antipodes du libéralisme aussi bien que du socialisme – dont l’étatisme ne fait que reproduire jusqu’à la caricature les tares du système capitaliste -, son idéal est celui d’une « république de propriétaires » où l’autonomie absolue du citoyen est l’unique finalité des institutions.
Il n’est pas ici question d’altruisme ou de compassion. « C’est, explique Lasch, notre répugnance à exiger des choses les uns des autres, bien plus que notre répugnance à aider ceux qui sont dans le besoin, qui érode aujourd’hui la force de la démocratie [... ]. Nous tolérons le travail salopé, les habitudes de pensée médiocre, et les normes de conduite personnelle incorrecte. Nous supportons les mauvaises manières, les mauvaises façons de parler [... ] depuis la scatologie banale devenue aujourd’hui omniprésente jusqu’aux raffinements du charabia universitaire. Il est rare que nous prenions la peine de corriger une erreur ou de débattre avec des adversaires. »23 Si la démocratie risque aujourd’hui de périr, c’est d’indifférence plus que de manque de solidarité. Contre le « laissez-aller libéral », il faut revenir à une « définition de la vie bonne plus énergique et plus exigeante », qui ne répugne pas à réintroduire des critères d’excellence.
Restaurer un véritable sens du devoir
Le combat à mener est avant tout moral. Il s’agit bien évidemment d’« organiser une distribution plus équitable de la richesse » et de réduire de façon drastique certaines fortunes devenues « indécentes », mais surtout de restaurer à tous les niveaux de la société un véritable sens du devoir. Là où la démocratie bourgeoise encourage «la médiocrité, l’autosatisfaction, un amour excessif du bien-être, le laissez-aller dans le travail et un conformisme timoré avec l’opinion dominante »24, il ne faut pas craindre de réhabiliter ces « vertus petites-bourgeoises » que sont la tempérance, la piété, l’indépendance d’esprit, l’amour du travail bien fait. Sans avoir peur de tourner le dos aux illusions autoflagellatoires de la « société ouverte » et de la « culture jeune », ni de faire appel à un sentiment religieux qui seul peut soutenir le « désintéressement comme idéal éthique ».
Bien sûr, le populisme ne saurait être considéré comme un remède miracle aux maux qui affligent le monde moderne. S’il pose de bonnes questions, il est bien loin de fournir des réponses toutes faites. De l’aveu même de Lasch, « il a très peu contribué à l’élaboration d’une théorie économique ou politique – sa faiblesse la plus manifeste. Ses avocats prônent la production à petite échelle, le retour à la démocratie directe au niveau local, mais n’expliquent pas comment réaliser ces objectifs dans une économie moderne »25. La distinction qu’il opère entre une « bonne modernité » porteuse d’une promesse d’émancipation des peuples et une « mauvaise modernité » d’inspiration libérale n’est pas non plus toujours très convaincante. Il n’en demeure pas moins l’une des rares alternatives crédibles qu’on puisse aujourd’hui opposer à la « pensée unique » diffusée sur les télécrans du « monde libre » : pour paraphraser Jean-Claude Michéa, « à peu près la seule possibilité non explorée qui nous reste, si nous voulons réellement aider l’humanité à sortir, pendant qu’il en est encore temps, de l’impasse Adam Smith ».
Norbert Kanchelkis
Notes:
-
L a révolte des élites, Climats, 1996, traduction alternative de J.-C. Michéa, avant-propos, p. 9.
- Ibid., p. 34.
- Kevin Philips, Mediacracy : American Parties and Politics in the Communication Age, p. 7.
- La culture du narcissisme, Climats, 2000, p. 422.
- La révolte des élites, p. 40.
- La formule est de Jean-Claude Michéa.
- La révolte des élites, p. 34.
- Cité par Jean-Claude Michéa, La culture du narcissisme, préface, p. 11.
- La révolte des élites, p. 39.
- La culture du narcissisme, p. 24.
- Jean-Claude Michéa, La culture du narcissisme, préface, p.12.
- Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith, p. 175.
- La révolte des élites, pp. 40-41. Non sans lucidité, Lasch observe qu’en la matière, les faits finissent malheureusement souvent par rejoindre la théorie. Reléguées en marge du débat idéologique, privées de toute représentation digne de ce nom, les classes moyennes finissent par s’égarer dans un extrémisme de façade qui légitime fâcheusement les élucubrations libérales sur la « personnalité autoritaire » de « l’ouvrier américain ». L’exemple de l’affirmative action est à ce titre éloquent : « Puisque l’on rejette banalement comme raciste tout opposition à l’inégalité “positive” des nonnes, une des réactions à cette insulte, de la part des ouvriers, des gens modestes, accablés par la discrimination positive et le busing, et à présent de la part d’étudiants harcelés par les tentatives pour imposer une langue et une pensée politiques correctes, est d’accepter comme un titre de gloire l’étiquette de “raciste”, de s’en targuer, avec un sens raffiné de la provocation, devant ceux qui veulent faire du racisme et des droits des minorités le seul sujet de débat public. »
- Comment s’étonner dans ces conditions de voir ces derniers se détourner de la « mascarade » qu’est devenu le processus électoral ? Lasch justifie sans état d’âme l’abstention électorale massive des classes populaires. Si ces dernières se désintéressent du fonctionnement de la démocratie, c’est qu’elles ont compris que leurs aspirations n’y ont plus aucun place.
- La révolte des élites, p. 56.
- Ibid., pp. 17-18.
- La culture du narcissisme, pp. 24-25.
- The Minimal Self, p. 5, traduction de Jean-Claude Michéa.
- Au niveau international, le constat est plus accablant encore : « La prédiction voulant que “nous soyons tôt ou tard tous prospères”, formulée avec tant de confiance il y a quelques années à peine, n’emporte plus autant l’adhésion. Au regard du taux actuel d’accroissement de la population, l’espoir d’exporter un niveau de vie occidental vers le reste du monde, même s’il était économiquement ou politiquement réalisable en premier lieu, aboutirait à un désastre environnemental assuré. […] La circulation globale des marchandises, de l’information et des populations, loin d apporter la prospérité à tout un chacun, a élargi le fossé qui sépare les nations pauvres des nations riches. »
- « La sociologie, observe Lasch, renonce à esquisser une théorie générale de la société moderne ; la psychanalyse se détourne du défi lancé par Freud et mesure ses insignifiances. Les sciences naturelles, après s’être conféré des aptitudes exagérées, se hâtent à présent de proclamer que la science n’a pas de remèdes miraculeux aux maux de la société [...]. Les philosophes n’expliquent plus la nature des choses et renoncent à nous dire comment vivre. [...] Les historiens, quant à eux, admettent que l’histoire manque de pertinence » (La culture du narcissisme, p 22).
- Le seul et vrai paradis, p. 481.
- Mouvement ouvrier anglais qui, de 1811 à 1813, organisa la destruction de machines, accusées de provoquer le chômage. Les « luddites » tiraient leur nom d’un certain Ned Ludd, personnage peut-être légendaire qui se serait attaqué à des machines au XVIIIe siècle.
- La révolte des élites, p. 115.
- Ibid., p. 93.
- Le seul et vrai paradis, p. 483.
source : Elements 108








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