Avant d’être un quartier, les Pâquis étaient une prairie ou plutôt un ensemble de prairies et de landes servant de pâturage. En effet “Pâquis“ désigne une prairie où les animaux vont paître. Pâquis vient également de la fleur pâquerette qui pousse dans les prairies à partir de Pâques.
Bien avant la création des quais, les Pâquis étaient donc un lieu hors des fortifications où moutons, chevaux de traits, ânes, chèvres et autres venaient pour paître. Puis vinrent ensuite les éleveurs de chevaux de hautes races destinés à tirer les élégantes calèches d’hommes fortunés et influents. A cette époque, les “Pâquis” changèrent profondément, passant d’une lande naturelle à une prairie entretenue dont la partie nord commença à être urbanisée, à l’emplacement actuel de la rue de Lausanne.
L’urbanisation complète arriva au début du XIXe siècle, alors que Genève construit de nouveaux quartiers au-delà des fortifications : Les Eaux-Vives, Plainpalais, La Jonction et Les Pâquis.
Il faut dire que Genève avait comme ingénieur cantonal le Général Dufour qui réalisa de grands projets de construction comme les maisons de la Corraterie ou le quai des Bergues pour n’en citer que quelques-uns.
Genève entrait donc dans l’urbanisme à cette époque, qu’on appela plus tard les « années de bonheur ». Genève est prospère, les beaux-arts y fleurissent et de grands savants viennent y développer la science physique et botanique entre autres.
Les Pâquis ne sont bien évidemment pas oubliés et la construction d’hôtels de luxe débuta grâce notamment aux nombreux visiteurs importants : princes venus de Russie et de Pologne, membres éminents de la société anglaises et françaises ainsi que l’aristocratie, les diplomates et les hommes d’affaires d’Italie, d’Allemagne ou d’Autriche.
Aux belles prairies succédèrent de nouvelles habitations entourées de jardins. Dans le quartier fut découpés en angles droits entre la rue du Mont-Blanc, le Parc Mon Repos, la Rue de Lausanne et les quais. Les rues nouvellement créées portent des noms de villes Suisses comme la rue de Berne baptisée en 1902 ou plus tard la rue de Bâle qui fut nommée ainsi à l’occasion du 650e anniversaire de la Confédération.
A l’aube du XXe siècle, le nord du quartier vit naître de nombreuses échoppes d’artisans et de commerçants, mais également des bistrots et des maisons closes. Les bains des Pâquis et son phare sont construits sur les quais.
Un événement célèbre fit alors entrer les Pâquis dans l’histoire, le meurtre de l’impératrice d’Autriche, la fameuse Sissi, par un anarchiste italien sur le quai du Mont-Blanc.
Par la suite, les bains des Pâquis, originairement construit en bois, furent démolis pour être reconstruit en béton armé. Le quartier continua à se moderniser, les constructions se firent de plus en plus en béton. La deuxième Migros de Genève s’y installa dans les années 40.
Malheureusement pour le quartier, « les années de bonheur » étaient loin. Les Pâquis devinrent le quartier chaud où la prostitution avait conquis la rue de Berne, l’hygiène avait disparu pour laisser la place aux crottes de chien et aux ordures au point que la ville dut augmenter lourdement les services de voirie. Le nombre de commerces diminua petit à petit pour être remplacé aujourd’hui par les kebabs et autres boucheries halal.
La maison de quartier vit entièrement aux rythmes du hip-hop et d’autres musiques peu autochtones. L’école des Pâquis et sa jumelle de la Rue de Zurich sont fréquemment le théâtre de violences, de trafic de drogue, etc.
Autrefois lieu de villégiature pour l’aristocratie européenne, les Pâquis reçoivent aujourd’hui la visite de la riche clientèle de la péninsule arabe. D’un lieu où l’on développa l’hygiène et la propreté, les Pâquis sont devenus le quartier le plus sale de Genève. D’un quartier populaire et chaleureux animé par de nombreux artisans et commerçants, les Pâquis sont devenus le repaire des dealers et de la prostitution. Voici la bien triste histoire d’un quartier abandonné.