Des contes bien de chez nous pour Noël

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Noël approche à grands pas, c’est l’occasion d’offrir des cadeaux aux personnes qu’on aime. Les Jeunes identitaires genevois vous propose donc une liste de contes s’inscrivant dans la tradition suisse et européenne. De quoi émerveiller les plus jeunes et restituer à ceux qui le sont moins, la magie de leur enfance et le plaisir de lectures qui sont le témoignage de traditions orales aujourd’hui pour la plupart perdues mais qui furent transmises pendant des centaines d’années de génération en génération.

Gonzague de Reynold, Contes et légendes de la Suisse héroïque

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, Gonzague de Reynold soucieux du moral de son pays rédige ces contes et légendes pour soutenir la Suisse face aux épreuves du nouveau monde.

Hésiode, Théogonie

Avec l’Illiade et l’Odysée il s’agit d’une des plus anciennes sources de la tradition européenne. Hésiode y raconte la création du monde et le panthéon tels que les concevaient les Grecs de l’époque archaïque huit siècle avant notre ère.

Homère, Des héros et des dieux

Dans la Grèce antique les aèdes se déplaçaient de village en village, cithare ou lyre à la main et déclamaient des légendes et poèmes ancestraux à la population. Ces poèmes furent mis par écrit par plusieurs écrivains de l’époque archaïque. L’œuvre qui en ressort est un ensemble d’hymnes de style homérique à la gloire des dieux, des héros, de la terre, de la lune et du soleil.

Beowulf

Beaucoup des légendes germaniques nous sont inconnues faute d’avoir été conservées sur papier jusqu’à nos jours. Il en est un pourtant qui a survécu jusqu’à nous: Beowulf.

Edda poétique et Edda de Snorri Sturluson

Principale source pour la connaissance de la mythologie nordique, les Eddas sont un ensemble de poèmes composés et transmis de génération en génération par des scaldes (sorte d’aèdes nordiques), l’identité de celui qui les a rassemblé dans l’Edda poétique nous est inconnu contrairement à celle du rédacteur de l’Edda, Snorri Sturlusson. Ce dernier a pendant de nombreuses années voyagé de village en village, en Norvège et en Islande pour rassembler la matière qui lui permettra de composer son oeuvre monumentale.

Lais de Marie de France

A la manière de Chrétien de Troyes, Marie de France exploite la matière de Bretagne pour composer ses lais. Ceux-ci moins connus que les célèbres Perceval ou Lancelot, nous offrent une autre voie, plus féminine, pour pénétrer dans l’imaginaire celtique.

Grimm, Contes choisis

Les frères Grimm ont parcouru l’Allemagne du XIXème siècle pour récolter cette poésie ancestrale qui laisse parler l’âme du peuple. Dans ces contes choisis, on retrouve les célèbres Cendrillon, Blanche-Neige ou encore la Belle au bois dormant.

Elias Lönnrot, Le Kalevala

Au XIXème siècle, alors que la Finlande est encore un grand duché russe, un certain nombre d’artistes tente de faire surgir un sentiment national en se plongeant dans les traditions les plus anciennes du peuple finnois. Lors de son voyage en Carélie, Elias Lönnrot a récolté à la manière de Sturluson ou des frères Grimm, la vieille tradition de son peuple pour la retranscrire dans ce livre qui est devenu la pierre angulaire de l’identité nationale finlandaise.


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Bouclier contre bouclier

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La patrie selon C.F. Ramuz

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“Sans doute défend-on d’abord une patrie, mais le mot lui-même comporte plusieurs sens ; lequel choisir ? La patrie, c’est d’abord simplement un coin de terre : c’est ma maison, mon champ, mon village, ma famille, les miens, c’est ce que le regard embrasse quand il fait le tour de l’horizon, un certain climat, certaines habitudes que j’ai en commun avec mes voisins, certaines cultures : voilà bien une patrie et qui peut être menacée : alors je la défends contre l’invasion qui ruinerait la terre, incendierait les maisons, coûterait peut-être la vie à ma femme et à mes enfants ; le sens est clair. Et il y a une autre patrie, dont le sens n’est pas moins clair : la patrie historique, la patrie qui résulte d’une langue commune, d’événements vécus en commun à travers les siècles, de tout un ensemble de traditions qu’ont eu en commun les petites patries locales qui sont devenues ainsi une nation. Il faut pousser encore plus loin et, par-delà les croyances particulières et les lois particulières, descendre jusqu’à un principe plus universel encore : un certain sens du sacré, qui est ce que l’Occident a connu de plus précieux.”

Charles Ferdinand RAMUZ (1878-1947)

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Exposition à Berne: L’art des Celtes

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Les Celtes constituent la première peuplade dont le nom est connu au nord des Alpes. Dès 700 avant J.-C., ils vont développer leur propre génie artistique tout en procédant à des échanges avec les arts grecs et étrusques.

Du 5e au 3e siècle avant J.-C., la culture celte va s’étendre des Iles britanniques à l’Italie et de la France à la Bulgarie.

Comment ce style typiquement celte s’est-il développé ? Dans quel contexte historique cette première contribution de l’Europe du Nord à l’histoire de l’art a-t-elle eu lieu ?

Pour la 1ère fois, une exposition est consacrée à l’art des Celtes, de ses débuts au centre de l’Europe, à son crépuscule en Irlande, vers 700 après J.-C.

L’exposition

Installée dans la nouvelle extension du Musée Historique de Berne, l’exposition présente, sur plus de 1200 m2, un choix de quelque 450 trésors d’art celtique provenant de toute l’Europe.

De superbes bijoux, des objets de la vie quotidienne aux riches décors, en bronze, en fer, en argent et en or, des trouvailles funéraires, des objets de culte aux motifs complexes ou, encore des représentations d’êtres fabuleux, sont autant de témoins de la créativité et de la maîtrise artistiques des Celtes.

En primeur, l’exposition pose son regard sur les découvertes spectaculaires récemment faites en France et encore inédites. Autre sujet de choix et pour la première fois hors d’Allemagne, elle présente également le trésor de la célèbre tombe celte du prince de Hochdorf

Les techniques d’exposition les plus modernes permettent de présenter la décoration complexe et parfois mystérieuse des objets.
Les évolutions des styles et des motifs sont racontés de manière vivante en les confrontant aux témoins de l’Antiquité classique.

En savoir plus.

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Légendes de Genève et du Genevois

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Titre de l’ouvrage : Légendes de Genève et du Genevois.

Date de parution, éditeur, nombre de pages : 2007, Slatkine, 175 pages

Sujet : Contes insolites et fantastiques de la région genevoise.

Résumé:

Cet ouvrage peut au premier regard paraître bien surprenant. Il est malheureusement encré dans l’inconscient collectif une image plutôt urbaine de notre canton. Idée erronée car plus de la moitié de notre canton est composée de campagne. Pour l’instant, car le béton poussé par une croissance sans fin avance inexorablement.

Ce livre ne se contente pas d’être soigné dans sa présentation visuelle. Il entraîne rapidement le lecteur surpris dans une cycle enchanteur et envoûtant de contes variés. Dans cette appréciable compilation d’histoires insolites certaines paraissent drôle et insolites, alors que d’autres terrifiantes et romantiques. De l’inquiétante dame blanche des ruines de Rouelbeau à l’hideuse vouivre de Corbière en passant par la belle de Conches, le bienheureux lecteur risque bien de le finir plus vite qu’il ne l’escomptait ! Il nous faut bien reconnaître que 175 pages, ce n’est pas si long quand le plaisir est au rendez-vous.
L’auteur ne se limite pas au seul canton de Genève. La Savoie, le Salève et même le pays de Gex n’ont pas été oubliés. En tout cas, c’est là une belle mise en avant de notre terroir et de notre région.

Laissons donc la ville que nous connaissons trop de par nos obligations professionnelles respectives, pour nous évader avec ce précieux grimoire à la main dans notre belle campagne à la recherches de mythes et de légendes oubliés. Le rêve et la quête fantastique à deux pas de chez nous !

Ivan

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Andy Hug : Un champion et un guerrier.

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Andy Hug, de son vrai nom Andreas Hug, fut un champion suisse de K-1 (tournoi international de Kickboxing japonais) au parcours extraordinaire. Andy est né le 7 septembre 1964 à Zurich, fils d’un père légionnaire, il vécut en Argovie avec son frère, sa sœur et ses grands-parents. Il commença les arts martiaux à l’âge de 10 ans dans la commune de Wohlen et se spécialise par la suite dans le Karaté Kyokushinkai, un Karaté de full-contact fait pour le combat réel, pour gagner à l’âge de 17 ans le titre de champion national de cette discipline. Andy surprend par ses capacités physiques et ses coups spectaculaires comme le Mawashi Geri (coup de pied circulaire), le Ushiro Geri (coup de pied retourné) et son extraordinaire Kakato Geri (coup de pied marteau, descendant verticalement). C’est grâce à ces techniques qu’il remportera à 19 ans le titre européen de Kyokushinkai et qu’il arrivera en final du titre mondial au Japon à 22 ans. Il s’inclinera face à Shokei Matsui mais sa prestation impressionnera tant les Japonais qu’il sera surnommé le « Typhon », « Tetsujin » (l’homme de fer) ou « Hug Tornado » à cause de ses coups de pieds.

En 1992, il passe du Karaté Kyokushinkai au Karaté Seïdokaikan, un Karaté plus traditionnel et plus polyvalent avec des techniques de clé et de projection. Il aura pour maître Kazuyoshi Ishii, le fondateur du K-1 et remportera le titre mondial de Seïdokaikan. A partir de là, il commence à participer au K-1 mais il y dispute peu de match. Il remporte son deuxième prix mondial en 1994 mais de Muay Thaï en écrasant ses adversaires par des techniques de pied plus efficaces. Puis 1995 est une année noire pour lui, où il subit trois défaites dont deux face à Mike Bernardo mais il se rattrape en battant Jérôme Le Banner en décembre. Ayant été l’élève de Kazuyoshi Ishii, Andy décida de participer plus activement au K-1 en s’inscrivant au World Grand Prix 1996 malgré son parcours de karatéka, inhabituel dans un milieu où règnent les pratiquants de Full-Contact, de Kickboxing ou de Muay Thaï. Le Grand Prix est une compétition où seuls les combattants de plus de 93 kg peuvent participer, c’est le tournoi le plus populaire et le plus dur du K-1 avant la création du Hero en 2005. Andy Hug écrasera Bart Vale à l’Opening du tournoi et vaincra pendant le tournoi Duane Van Der Merwe. Puis il disputera la demi-finale face à Ernesto Hoost, un grand combattant de Kickboxing, qu’il remportera après quatre rounds et pour finir il aura sa revanche en vainquant par KO Mike Bernardo à la finale du tournoi, remportant le titre du K-1 Grand Prix 1996. Après cette victoire, Andy prendra aussi la ceinture mondiale WMTC des super-lourds à « Stan The Man » la même année. Les années suivantes Andy disputera deux fois la finale du Grand Prix en 97 et 98 mais perdra face Ernesto Hoost et Peter Aerts. Il gagnera plusieurs combats face à de grands combattants en dehors du Grand Prix jusqu’en 2000, il reçut même le titre exceptionnel de Samouraï de la part de Kazuyoshi Ishii et sera connu du public comme le « Samouraï aux yeux bleu ». Malheureusement pour lui, le Grand Prix 1999 commence directement par un combat avec Ernesto Hoost qu’il perdra. Espérant se rattraper pendant le Grand Prix 2000 où il voulait remporter la finale pour terminer en beauté sa carrière, Andy s’entraîna durement et remporta de durs combats comme celui face à Mirko « Cro-Cop ». Mais il n’eut pas le temps de commencer le Grand Prix, il mourut d’une leucémie le 24 août 2000 quelques semaines avant son anniversaire.

Andy Hug fût le premier karatéka à remporter un Grand Prix de K-1, il totalisera 38 victoires, 1 nul et 9 défaites. Ses victoires ont permis à d’autres karatékas de faire leurs places dans le milieu, depuis sa mort les tournois de K-1 sont organisés en son nom. Le 28 août, le jour de la cérémonie officielle et de la crémation du défunt champion au Japon, 12′000 personnes assistèrent à la cérémonie y compris des combattants, des politiciens et des chefs d’entreprise. Un autel de commémoration a été créé à Tokyo par ses fans japonais et le geste le plus beau de la part du Japon est d’avoir conservé ses cendres dans le cimetière du Temple Hoshuin. Ce grand complexe de 32 temples, inaccessible au public, est un lieu de tranquillité comme Andy les adorait. Ce temple fût construit en 1608 en l’honneur de Toshiie Maeda, un grand guerrier de l’histoire japonaise incarnant l’idéal du Bushido. Dans le folklore japonais, l’esprit de Toshiie Maeda est immortel et sert de guide spirituel aux samouraïs, c’est donc un énorme honneur que l’urne d’Andy Hug se trouve à 10 mètres de celle de Toshiie Maeda et de sa femme. Ilona Hug, la femme d’Andy, organisa aussi une seconde cérémonie le 1er septembre en Suisse à Zurich dans l’église Grossmünster pour les fans suisses et européens ainsi que pour la famille Hug. La cérémonie suisse réunit plusieurs milliers de personnes et fût décrite comme magnifique, avec plusieurs interventions de proches, les tonalités de la musique préférée d’Andy jouées par l’église. Pour finir, plusieurs centaines de fleurs furent déposées en face de l’église, devant le portrait d’Andy Hug, le plus grand champion suisse de Kickboxing et le « Samouraï aux yeux bleu » des Japonais. Par la suite, Ilona construira en 2004 un mémorial à Wohlen où une sculpture de son torse et un buste résident. Le premier symbolise sa force et sa rigueur et la peine qu’il a eu à quitter sa terre natale et le second symbolise le Japon, la terre où il a fait sa renommée pour devenir un guerrier.

Alexandre

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Le combat du Taureau suisse contre le Lion d’Autriche

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A Sempach, devant la forêt, à Sempach, sur une prairie, le Taureau suisse a rencontré le Lion d’Autriche.
Il y avait longtemps que le Taureau cherchait le Lion, car sa patience était à bout.
Sa patience était à bout : le Lion d’Autriche avait recommencé à lui fouler son herbe, à lui ravir ses vaches et ses veaux.
Entre le Lion et le Taureau, point de trêve durable. Ils s’étaient déjà battus plusieurs fois, et toujours le Lion avait été vaincu, malgré ses griffes et ses crocs, et sa crinière, et sa queue en panache, et ses terribles rugissements. Le Lion portait au corps maintes blessures qui n’étaient pas cicatrisées.
Il portait au corps maintes blessures qui le brûlaient et qui se recouvraient ; il portait au corps maintes blessures dont il avait honte, car c’était un taureau qui l’avait blessé, car c’était une vache qui l’avait frappé. Il avait juré de se venger ou de périr : il y allait de son honneur.

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A Sempach, devant la forêt, à Sempach, sur une prairie, le Taureau suisse a rencontré le Lion d’Autriche.
Le Taureau n’était pas très grand ; gris et noir, il ressemblait à un rocher couvert de mousse. Quand il avait posé dans l’herbe ou dans le sable, sur les pierres ou sur la terre ses quatre sabots fendus, on sentait bien, on voyait bien que nulle force ne le ploierait, qu’il arrêterait une avalanche.
Le Taureau était pacifique : si l’on n’entrait pas dans son domaine, on n’avait de lui rien à craindre. On pouvait l’approcher avec de bonnes paroles ; il se laissait flatter le col et l’échine.
On pouvait encore l’injurier longtemps avant qu’il ne bouge, l’injurier et lui jeter des cailloux et des mottes : d’abord il ne répondait pas, il ne daignait pas répondre, il continuait à brouter en chassant les mouches ; et puis il vous regardait de travers et ses oreilles remuaient ; et, tout à coup, il baissait les cornes. Alors, il fallait se hâter grimper à l’arbre, sauter par-dessus la haie.

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A Sempach, devant la forêt, à Sempach, sur une prairie, le Taureau suisse a rencontré le Lion d’Autriche.
Le Taureau dit au Lion : « Seigneur Lion, bonjour, bonsoir ! comment vas-tu ? comment vont tes blessures ? ta belle lionne est-elle toujours aussi exigeante ? tes lionceaux ont-ils toujours autant d’appétit ? je le suppose, puisque tu es ici. »
Le Lion dit au Taureau : « Fils de vache, qui couches sur la bouse, nous avons de vieux comptes à régler ensemble et la quittance n’est pas signée. »
La Taureau répondit au Lion : « Cela va bien ; je la signerai sur ta noble peau, une fois de plus, à la pointe de mes cornes, et ton sang me servira d’encre. Veux-tu combattre ici ? c’est un honneur que je ne puis refuser à un duc. »
Le Lion répondit au Taureau : « Je me souviens de bien des choses, elles sont toutes portées sur le compte.
» Je me rappelle que, devant Laupen, tu m’as navré outre mesure ; tu avais l’Ours de Berne avec toi… »
« Oui, répliqua le Taureau, mais tu avais avec toi pour te défendre le Lion de Kibourg, ton compagnon l’Oiseau de Gruyère, ton serviteur, le Cheval pie de Fribourg, et vingt autres bêtes encore : tu as pourtant reçu des coups. »
« … Je me rappelle qu’au Morgarten, toi et ta vache, vous m’avez surpris lâchement : vous m’avez lancé des troncs de sapin. Je me souviens de tout cela et toutes les autres injures. C’est pourquoi je me suis dit : le Taureau suisse a des remords, je vais aller le confesser ; je lui donnerai l’absolution avec mes griffes, avec mes dents je lui infligerai une pénitence. »

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A Sempach, devant la forêt, à Sempach, sur une prairie, le Taureau suisse a rencontré le Lion d’Autriche.
Le Lion se mit à rugir, le Taureau se mit à mugir ; ils s’observèrent, ils s’attaquèrent : ce fut le Lion qui commença.
Le Lion bondit sur le Taureau, mais le Taureau baissa la tête : il lui enfonça les deux cornes dans le ventre, il le secoua, il le rejeta en l’air derrière lui.
Le Lion tomba, le Lion voulu se relever ; mais il avait le ventre ouvert. La prairie, devant la forêt, devint rouge de sang.
Alors le Taureau dit au Lion : « Tu ne me fais guère pitié, tu n’as que ce que tu mérites. Si tu m’avais laissé tranquille, tu ne serais pas si malade.
» Mais voilà ! tu es incorrigible. J’en suis sûr, sitôt guéri, tu recommenceras.
» Maintenant je te donne un conseil : retourne auprès de ta belle femme ; tu lui raconteras que tu es tombé en chemin, que tu t’es fait mail au pied dans la montagne que tu ne lui rapportes rien encore.
» Ou bien tu lui diras que tu avais soif, que tu t’es arrêté à l’auberge et que tu as trouvé le voyage trop difficile. »
Et le Lion ne répondit mot : il se remit comme il put sur ses pattes il s’enfuit en boitant, la queue entre les jambes. « Où t’enfuis-tu riche Lion ? ta gloire, elle est vraiment petite ! »

Gonzague de Reynold, Contes et légendes de la Suisse héroïque

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L’identité européenne

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L’européanité est attestée par l’histoire et le caractère transnational des grands faits de culture. Au-delà d’un art rupestre spécifique à toute l’Europe voici déjà 30.000 ans, au-delà des pierres levées et des grands poèmes fondateurs, ceux des Hellènes, des Germains ou des Celtes, il n’y a pas une seule grande création collective qui, ayant été vécue par l’un des peuples de l’ancien espace carolingien, n’a pas été vécue également par tous les autres. Tout grand mouvement né dans un pays d’Europe a trouvé aussitôt son équivalent chez les peuples frères et nulle part ailleurs. (…) Comme tous les peuples unis par une même culture, les Européens sont les dépositaires d’une très ancienne tradition, mais ils ne le savent pas. La perception leur en a toujours été refusée. En dehors des poèmes homériques, ils n’ont pas d’écriture sainte, bien que la matière en soit offerte par leurs légendes, leur littérature épique et la philosophie antique. (…)

Tout grand peuple a une histoire sacrée qui révèle ses valeurs propres, celles qui donnent un sens à la vie de chacun des siens. Mais la longue histoire des Européens ne leur a jamais été contée. Elle n’a jamais été montrée ni perçue pour ce qu’elle est, un flux continu, comme si un même être, porteur des mêmes significations, avait traversé le temps (…).

L’Europe n’est pas née des traités de la fin du XXe siècle. Elle est issue de peuples frères qui, entre la Baltique et l’Egée, sur quelques milliers d’année, donnèrent naissance à une communauté de culture sans égal. L’Europe peut donc se définir comme une tradition très ancienne, tirant sa richesse et son unicité de ses peuples constitutifs et de leur héritage spirituel. (…)

[On doit constater] la vigoureuse unité de culture des Européens de l’âge du bronze, de la Baltique à l’Egée, de la Cornouaille à la Volga, voici quatre ou cinq mille ans. [Il s'agit de] l’une de nos civilisations premières, [avec] ses dieux solaires, ses déesses-mères, ses héros invaincus, ses légers chars de guerre, les trésors somptueux de ses palais, ses longues barques audacieuses. (…) Découvertes sous un tumulus du Danemark ou dans une tombe de Mycènes, les épées semblaient toutes sortir d’un même moule, affichant l’unité esthétique d’un même monde.

Aussi antique soit-elle, cette culture du bronze n’est pas la première en Europe. Elle a été précédée sur notre espace géographique par une autre culture beaucoup plus ancienne encore, celle des gravures et peintures «préhistoriques», enfantées par des peuples qui sont nos ancêtres les plus éloignés dans le temps.

Illustrée par le bestiaire magique de la grotte Chauvet, au bord de la vallée de l’Ardèche, cette première grande culture européenne a plus de 30.000 ans. Ses représentations pariétales les plus nombreuses et les plus étourdissantes de beauté sont localisées du Rhône aux monts cantabriques, mais on en voit les manifestations partout, en Allemagne, en Bohême, jusque dans l’Oural avec les peintures de la grotte de Kapova. Par son ancienneté et son homogénéité dans la peinture ou les gravures de toute sorte, cet art animalier d’inspiration religieuse est spécifique à l’Europe et à elle seule. La production d’objets de même facture esthétique, armes en silex taillé, propulseurs de harpons en os ou en bois de cervidés gravés, s’étend, elle aussi, des Pyrénées à l’Oural, sur ce qui sera l’aire originelle des futurs Indo-Européens.

L’étonnant dans cette première culture européenne, ce n’est pas seulement son étendue spatiale, mais aussi sa durée, au moins deux cent siècles, une éternité. Elle s’est manifestée d’environ 32.000 à 12.000 ans avant notre siècle, et ne s’est éteinte que voici une douzaine de milliers d’années.

Nous qui sommes des hommes «historiques», imprégnés jusqu’à la moelle par la constance et la rapidité des changements au cours des quatre derniers millénaires, il nous est difficile d’admettre que nos très lointains ancêtres aient pu traverser des millénaires sans connaître apparemment de changements notables. Quinze mille ans au bas mot séparent les dessins de la grotte Chauvet et les fresques géantes de Lascaux. Or, ce que représentent ces figurations est, pour l’essentiel, analogue. Le réalisme puissant de leurs artistes est apparenté. Certes, on peut relever des différences de style ou de choix dans les représentations animales. Mais les analogies sont beaucoup plus évidentes que les différences. Cela signifie que les peuples frères se sont maintenus sur place pendant des millénaires, reproduisant la même culture artistique, elle-même reflet direct d’une certaine âme collective, d’une même vision du monde, d’une même relation à la nature, d’une même conscience religieuse. (…)

Si l’on en croit les paléontologues, ces peuples sont frères de l’homme de Cro Magnon, lequel ne présente aucune différence morphologique notable avec l’Européen actuel. Même si les informations manquent pour rattacher précisément les chasseurs de cette époque à aucun groupe présent, une partie de leur descendance s’est vraisemblablement maintenue en Europe après la fin de la période glaciaire, formant le substrat de son peuplement. (…)

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Quand les Suisses étaient royalistes

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berthe3C’est l’insipide désincarnation républicaine qui oblige à multiplier les frais et confondre les rôles.” Régis Debray (La Puissance et les Rêves, 1984)

Sauf rares exceptions, les républiques démocratiques cultivent par nature le terne, le fade l’abstrait. À cette aune, le système helvétique, qui d’ailleurs ne remonte guère qu’à 1848, a atteint une sorte de “perfection” où l’anonymat confine à l’absence, où transparence et vide sont confondus avec probité… Dans cette “Confédération”, à présent on vote sur tout et rien, jusqu’à l’absurde: le triage des ordures, les cours d’”éducation canine” aux propriétaires de molosses, le retour des notes à l’école primaire, etc. En revanche, le chef du principal parti du pays a été débarqué de Berne pour avoir voulu réintroduire une pincée de nationalisme dans la politique… Maudit “nationalisme” sans lequel pourtant la Suisse n’existerait pas! Une Suisse qui, jadis, fut même royaliste avant que ne l’emporte les héritiers de l’archer républicain (et néanmoins ultra-nationaliste…) Guillaume Tell (voir notre chronique dans La NRH de mars-avril 2006).

“C’était quand la reine Berthe filait”, “C’était au bon temps de la reine Berthe”. Ces expressions populaires entendues en Genevois, dans la bouche d’une “dame paysanne” portant le prénom hugolien de Cosette, nous mirent naguère sur la piste du monarchisme helvète, aujourd’hui bien celé. Nous nous rendîmes donc à la grandiose abbatiale romane de Payerne (Vaud) où se trouve le tombeau de cette reine légendaire (sans rien de commun avec Berthe au Grand-Pied, mère de Charlemagne) au point de personnifier à elle seule l’ancien royalisme suisse. Et de fait, elle marqua son époque. Le personnage qui vécu de circa 905 à circa 978 et régna, uniquement comme épouse de rois, de 922 à 940, nous a magnifiquement été restitué par cet auteur suisse méconnu qui fut pourtant, sans doute, le plus grand essayiste romand de la première partie du XXe siècle, le plus original en tout cas: Charles-Albert Cingria (1883-1954).

Plongé dans les auteurs anciens, encore plus oubliés que lui, comme l’évêque Liutprand, l’abbé Dey, Muret ou Poupardin, Cingria a fait émerger de la légende cette maîtresse femme qui n’hésitait pas à se faire représenter avec sa couronne royale et également sa quenouille, symbole de féminité (d’où, d’ailleurs, l’expression imagée “tomber en quenouille” pour des droits héréditaires dévolus à une femme, faute d’héritier mâle…) . Fille de Boucard de la Souabe, duc d’Alémanie (on appelle toujours “alémanique” la Suisse germanophone), Berthe épousa successivement Rodolphe II, roi de Bourgonne (ce royaume avait alors pour centre une part de la Suisse actuelle) et d’Italie, les Annales sangallense nous ont laissé cette image de la jeune mariée se rendant à travers les Alpes, “en palanquin et traîneau” dans la partie italienne des États de ses époux. Le second d’entre eux se fit remarquer par son harem formé de quatre épouses “légitimes” (dont Berthe) et de six concubines. Les Sarrazins qui, en ces temps-là, venaient encore razzier jusqu’à Coire (Grisons) ne durent pas être dépaysés par les moeurs de ce monarque chrétien…

Parmi les enfants du premier lit de Berthe figura la future sainte Adélaïde, épouse d’Othon, premier empereur romain germanique; leur fille Emma devint “reine de France” en épousant le Carolingien Lothaire IV. Leur fils Louis V fut le dernier de cette lignée à régner, avant les Capétiens (987). Les mariages interdynastiques ont fait que sans doute du sang berthien circule encore aujourd’hui dans les veines des princes français. La “reine fileuse” (ou “filandière”) joua surtout un rôle politico-social pacificateur lors d’une active retraite d’environ 40 années. Installée dans le pays de Vaud, la douairière sema derrière elle monastères, églises et bienfaits divers, sous l’égide de l’Avignonnais saint Mayeul (906-994), abbé de Payerne et de Cluny. La tour Bertholo, à Lutry (Vaud), perpétue encore le souvenir de cette souveraine très chrétienne, intitulée jusqu’au bout “par la grâce de Dieu”. C’est peut-être au beau et modeste village de Collombier-sur-Morges, dans l’arrière-pays lémanique, qu’on peut se retrouver par le paysange dans l’atmosphère berthienne. On dit aussi que les porteurs du patronyme “Bertholet” se réfèrent d’une manière ou d’une autre au souvenir de la reine Berthe. Quand les Suisses étaient royalistes…

Lire: Charles-Albert Cingria, La Reine Berthe, L’Âge d’Homme, 1947, rééd. 1992. Cette maison a aussi publié les OEuvres complètes de l’essayiste.

In La Nouvelle Revue d’Histoire #41

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