La Tribune de Genève du 1er août 1941
Categorie(s) : Histoire, Traditions, par JI Genève

Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est moins le fait de l’alliance des Waldstaetten le 1er août 1291, que sa durée. Bien qu’il y ait eu grand mérite de la part des trois communautés d’Uri, Schwytz et Nidwald de conclure un pacte, la chose la plus remarquable est que ce pacte ait été tenu durant six siècles et demi. Le passé, et singulièrement le présent, nous offrent quantités d’exemples de pactes solennellement jurés et bien vite oubliés, sinon répudiés. Alors, on est saisi par la grandeur qui émane du serment de la Suisse primitive.
En commémorant les six siècles et demi du pacte de 1291, en insistant sur cette longue durée, nous nous montrons instinctivement logiques. Car la raison d’être de la Suisse, c’est aujourd’hui son histoire. La plupart des peuples trouvent le fondement de leur existence nationale dans la communauté de race, de langue, de religion ou dans l’attachement à une dynastie. Il n’y a rien de semblable chez nous.
Le pacte de 1291 a eu des développements que ses auteurs étaient loin de prévoir, mais qui furent possibles grâce à leur sagesse, leur pondération, leur sens de la justice. L’alliance des trois communautés alpestres, de gens qui menaient une même vie, parlaient un même dialecte, qu’unissaient des intérêts matériels identiques et une religion professée avec une foi simple et profonde, est devenue cette Confédération si diverse qu’elle étonne le monde. Cette diversité, nous avons l’intime sentiment qu’il faut la maintenir, mais nous agissons souvent de façon maladroite en croyant qu’elle est l’idéale finalité vers laquelle tend notre patrie. Faire de la Confédération suisse une sorte de creuset dans lequel s’expérimente les institutions d’une humanité enfin libérée des conflits de peuples est une erreur sans mesure. […]
Ces six siècles et demi d’histoire, nous les aimons. Nous n’en voulons rien retrancher, et rien cacher. Nous ne saurions dire si nous en préférons les époques glorieuses ou les phases tragiques, car chacune apporte un enrichissement à l’esprit civique. Et cette histoire permettra demain, sur la prairie du Grütli, ce miracle que les cœurs des Genevois, les derniers enfants de la famille suisse, que les cœurs des Vaudois, longtemps sujets d’un grand canton, battront de la même émotion que des ceux des représentants de la Suisse primitive.
Les Waldstaetten de 1291, nos ancêtres ― car la parenté des sentiments peut être plus forte que celle de la filliation généalogique ― il ne faut pas nous les représenter comme des sortes de surhommes. Ce ne furent ni des conservateurs enracinés dans la négation, ni des révolutionnaires agités par une idéologie et la soif de détruire. C’étaient des hommes rudes, mais probes, conscients de leurs droits et désireux de les faire respecter. Dans la prairie où ils étaient réunis, le vent qui avait passé sur le lac et venait des montagnes ne chassait point l’odeur de l’étable qu’ils amenaient avec eux, odeur tenace comme leur caractère. Ces gens rudes étaient des réalisateurs, leur action, déjà le fédéralisme, se résume dans la devise « Un pour tous, tous pour un ». On est en effet frappé, lorsque l’on relit le pacte, de la haute idée de la collectivité qui s’en dégage. Le pacte est d’ailleurs une œuvre anonyme. On ne peut lui assigner un promoteur comme on ne connait pas les noms des capitaines qui commandèrent au Morgarten. Le chef demeure réellement le mandataire du peuple puisque sa personnalité ne domine pas. Et dans le passage relatif aux criminels, aux incendiaires, ces gens sont chassés du territoire puisqu’ils n’en acceptent plus les lois, voilà encore, au premier plan le sens de la collectivité.
[…]
Pierre BERTRAND





“Sans doute défend-on d’abord une patrie, mais le mot lui-même comporte plusieurs sens ; lequel choisir ? La patrie, c’est d’abord simplement un coin de terre : c’est ma maison, mon champ, mon village, ma famille, les miens, c’est ce que le regard embrasse quand il fait le tour de l’horizon, un certain climat, certaines habitudes que j’ai en commun avec mes voisins, certaines cultures : voilà bien une patrie et qui peut être menacée : alors je la défends contre l’invasion qui ruinerait la terre, incendierait les maisons, coûterait peut-être la vie à ma femme et à mes enfants ; le sens est clair. Et il y a une autre patrie, dont le sens n’est pas moins clair : la patrie historique, la patrie qui résulte d’une langue commune, d’événements vécus en commun à travers les siècles, de tout un ensemble de traditions qu’ont eu en commun les petites patries locales qui sont devenues ainsi une nation. Il faut pousser encore plus loin et, par-delà les croyances particulières et les lois particulières, descendre jusqu’à un principe plus universel encore : un certain sens du sacré, qui est ce que l’Occident a connu de plus précieux.”
Les Celtes constituent la première peuplade dont le nom est connu au nord des Alpes. Dès 700 avant J.-C., ils vont développer leur propre génie artistique tout en procédant à des échanges avec les arts grecs et étrusques.





















