8 août 2011
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JI Genève

Le mot « cosmopolite », qui signifie « citoyen du monde » (étant formé des deux mots grecs cosmos et politês), est en lui-même une subreption, car toute cité implique un dedans et un dehors, une relation d’inclusion-exclusion : le monde ne saurait être une cité. « Défend tes lois comme tu défends tes murailles », disait Héraclite ; s’il n’y a plus de « murailles », ou de frontières, la cité disparaît, et avec elle le civisme. Le soi-disant « cosmopolite » ne peut être citoyen du monde, il n’est citoyen de nulle part, et il ne se réclame du monde que pour nier ses devoirs envers la cité.
Henry de Lesquen, texte intégral ici
7 juillet 2011
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“La charité peut et doit aimer dans tous les pays tout ce qui est condition du développement spirituel des individus, c’est-à-dire, d’une part, l’ordre social, même s’il est mauvais, comme étant moins mauvais que le désordre, d’autre part, le langage, les cérémonies, les costumes, tout ce qui participe au beau, toute la poésie qui enveloppe la vie d’un pays.
(…) La vie moderne est livrée à la démesure. La démesure envahit tout : action et pensée, vie publique et privée. De là, la décadence de l’art. Il n’y a plus d’équilibre nulle part.
(…) L’illusion constante de la Révolution consiste à croire que les victimes de la force étant innocentes des violences qui se produisent, si on leur met en main la force, elles la manieront justement. Mais sauf les âmes qui sont assez proches de la sainteté, les victimes sont souillées par la force des bourreaux. Le mal qui est à la poignée du glaive est transmis à la pointe. Et les victimes, ainsi mises au faîte et enivrées par le changement, font autant de mal ou plus, puis bientôt retombent.
(…) Tu ne pourrais pas être né à une meilleure époque que celle-ci où on a tout perdu. A près l’écroulement de notre civilisation, de deux choses l’une : où elle périra tout entière comme les civilisations antiques, ou elle s’adaptera à un monde décentralisé. Il dépend de nous de préparer l’avenir.”
Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce, 1948.
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3 juin 2011
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Ce mercredi 1er juin avait lieu à Genève la commémoration du débarquement des confédérés au Port-Noir, en 1814. Mais que représente cette date aujourd’hui?
Le début du XIXe siècle voit Genève annexée dans le jeune empire français de Napoléon. Les citoyens et habitants de notre cité doivent alors subir enrôlement forcé, crise économique et destructions des symboles de leur identité. Heureusement, les défaites napoléoniennes à Leipzig permettent aux Genevois de revendiquer leur indépendance le 1er janvier 1814. Cinq mois plus tard, deux garnisons provenant de Fribourg et de Soleure débarquent au Port-Noir symbolisant l’amitié et le soutien des confédérés. Ce geste se concrétisera un an après avec l’entrée du Canton de Genève dans la Confédération Helvétique.
Il est certes bien venu d’évoquer cette histoire, mais encore faut-il en comprendre la signification. Les Genevois refusèrent l’impérialisme français pour choisir la liberté parmi les Helvètes. Tout au long de l’occupation napoléonienne, ils préservèrent l’esprit d’indépendance au sein de leurs foyers. Les familles conservaient les armoiries de la ville et enseignaient à leurs enfants les chants et traditions que l’empire essayait tant bien que mal d’effacer. Notre classe politique serait bien avisée de méditer sur les motivations, aspirations et volontés durant cette période avant de se gargariser d’un « tout international » et de tourner en rond à propos des logements. Ils feraient mieux de se rappeler qu’à l’époque, les Genevois avaient un foyer où préserver la tradition!
Alexandre
21 mai 2011
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La peur et le vrai courage: l’exemple spartiate
Le Spartiate, tout nous laisse le supposer, passait pour courageux parce qu’il ne pouvait pas faire autrement. Dans la phalange soudée comme un bloc, comment reculer, poussé par le rang suivant ? Il ne perdait pas de vue non plus le supplice infligé aux déserteurs, indépendamment de la honte pour beaucoup, d’accomplir un acte vil. En outre, tout était prévu pour l’exciter au combat : l’hydromel alcoolisé avant l’assaut, les chants belliqueux obligatoirement hurlés à plein poumons, le vrillement des oreilles par les flûtes obsédantes, enfin le contact avec l’ennemi qui brandissait son glaive, l’instinct de conservation et le déclenchement de tous les réflexes acquis au cours des années d’entrainement. Peut-être aussi pensait-il, l’hoplite, à la récompense décernée aux braves, l’ilote, à son éventuel affranchissement et le mal-aimé à une gloire fêtée dans les bras d’une femme éblouie. Tout cela pouvait faire des héros, sans comptés ceux fabriqués par le dieu hasard, quand le guerrier surpris de se voir attribuer des lauriers qu’il n’a pas mérités, profitant d’un concours de circonstances mal interprétées. Mais qu’importe ! La guerre et ses troubadours ont besoin de héros et l’on fait toujours bonne mesure.
Laissons le Spartiate sur son piédestal, car des héros, des vrais, il y en avait en Laconie comme ailleurs, semblables à Léonidas aux Thermopyles combattant jusqu’à la mort avec trois cents de ses meilleurs guerriers. Si le triomphe est réservé à l’exceptionnel, dans les rangs il y avait aussi de ces petits combattants qui font les grandes nations. Le vrai courage, c’est quand la peur tord le ventre du soldat, qu’il monte à l’assaut quand même et en chantant. Nous pouvons être certains qu’à Sparte, ceux-là étaient innombrables.
Jean Marcillac, auteur des Egaux spartiates (1975)
Source
2 avril 2011

Avant d’intervenir militairement en Libye, peut-être eut-il été sage de s’interroger sur la véritable nature des insurgés et du CNT (Conseil national de transition) qui les fédère. Un rapport[1] présenté en 2007 devant la prestigieuse académie militaire de West Point aux Etats-Unis, nous apprend en effet que la Cyrénaïque, épicentre de la révolte contre le colonel Kadhafi, fut un des principaux foyers de recrutement des combattants islamistes engagés en Irak. Des documents saisis à Sinja, le long de la frontière syrienne au mois d’octobre 2007 et qui contiennent une liste de 600 combattants membres d’al Qu’aida ou se réclamant de cette nébuleuse, indiquent ainsi que 112 d’entre eux étaient Libyens, les trois-quarts originaires de Cyrénaïque.
Cette région présentant la particularité d’abriter une importante densité de djihadistes, la question primordiale était donc de savoir quels liens éventuels ces derniers entretiennent avec les insurgés et avec le CNT. Cette interrogation était d’autant plus légitime que les noms de plusieurs des 30 membres de cet organisme sont tenus secrets, officiellement pour des raisons de « sécurité ». N’eut-il donc pas été prudent d’attendre d’avoir les réponses à ces questions avant de reconnaître le CNT comme seul et unique représentant du « peuple libyen » insolitement ramené par Nicolas Sarkozy à ses seules composantes cyrénaïques ?
Un minimum de culture historique aurait de plus permis de savoir que la Cyrénaïque a une tradition islamiste ancienne remontant à l’époque de la confrérie sénoussiste et que la région a toujours été en conflit tribalo-religieux avec la Tripolitaine. Depuis sa prise de pouvoir en 1969, le colonel Kadhafi a eu du mal à s’y imposer et les fondamentalistes qui y sont légion l’ont toujours considéré comme une sorte de Nasser libyen, ce qui, pour eux est le comble de l’abomination. Les militants islamistes et notamment ceux se revendiquant de la nébuleuse al Qu’aida combattent en effet tous les Etats musulmans, en premier lieu ceux qui peuvent avoir une coloration nationaliste, car, à leurs yeux, ils empêchent la reconstitution du califat transnational auquel ils aspirent. Lire le reste de cet article »
23 mars 2011
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Nous ne pouvons rester insensibles aux évènements qui se déroulent au Japon depuis une dizaine de jours. Si le pire semble avoir été évité, l’accident nucléaire qui a eu lieu aura des conséquences sanitaires importantes. Je tiens à saluer ici le courage et la discipline de fer du peuple japonais qui malgré l’enchaînement des catastrophes, naturelles puis humaines, a su rester uni et ordonné comme seul un peuple homogène en est capable.
Les vieux démons nucléaires qui avaient frappé par deux reprises le Japon en 1945 se sont de nouveau réveillés, sans réussir pour autant à altérer la force morale des Japonais.
Alors que les scientifiques européens réfléchissent aux défaillances qui ont mené à cette catastrophe, j’invite nos responsables politiques à imaginer les conséquences sociales d’un tel évènement en France… Les émeutes qui ont eu lieu dans les zones cosmopolites de la Nouvelle Orléans en 2005 suite à l’ouragan Katrina peuvent nous en donner un aperçu réduit.
Concernant l’accident en lui-même, nous voyons un certain nombre d’acteurs politiques tomber dans le sentimentalisme en demandant des mesures de restriction immédiates. Sentiments et politiques ne font jamais bon ménage. Une décision politique ne peut pas, ne doit pas se prendre impulsivement, mais au contraire être réfléchie, discutée, mesurée. On remarque que les décisions précipitées, fermes, définitives et irrévocables sont souvent des croyances issues d’une idéologie et non de la réalité.
Le nucléaire n’est pas bon ni mauvais en soi. Le nucléaire serait même, aujourd’hui, moins dangereux que nombre de nos usines chimiques qui tuent bien plus de travailleurs (utilisation de produits cancérigènes-mutagènes-reprotoxiques, accidents du travail) ou de riverains (AZF) que nos centrales nucléaires. Pour autant la France n’est pas à l’abri de ce type d’accident et de source interne je peux affirmer que l’état de nos centrales se détériore. La recherche de profit et l’appel à la sous-traitance quasi systématique font augmenter le nombre d’incidents et diminuent fortement la sûreté nucléaire. Une centrale ne doit pas être une machine à fric, et la sous-traitance doit rester exceptionnelle. Lire le reste de cet article »
22 mars 2011
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La dignité du peuple japonais et le réveil de l’homme européen
Au royaume de la fleur et de l’acier, les rivières de feu ont tout emporté… Ou presque. Comme hier l’Occident sous la conduite américaine, au sortir de la Second Guerre mondiale, la vague meurtrière du tsunami n’a pas entamé l’âme des Japonais, fils des Bushi, moines de la voie de l’épée dont les vertus irriguent encore la nation du Soleil écarlate. « Parties sur quelle mer, quelle terre / je l’ignore. / Elles demeurent invisibles, / les nobles âmes / gardiennes du pays » (poême de l’impératrice Michiko). L’âme du peuple japonais, elle, est éternelle : elle demeure plus que jamais visible au milieu du chaos. Elle nous rappelle, à tous les égards, l’âme européenne. Pour un Européen, la conduite actuelle des Japonais n’est pas si mystérieuse et impénétrable que les journalistes et les faiseurs d’opinion veulent bien le dire. Et pour cause : leurs anticorps sont aussi les nôtres…
Les Japonais donnent une « leçon de sang froid » aux Occidentaux selon le géographe Philippe Pelletier (Le Parisien, 16 mars). C’est ce que l’on peut lire dans la presse à propos du « fatalisme actif » de la société nippone (Le Point, 17 mars). Pour J-F Sabouret, chercheur au CNRS et spécialiste du Japon, « les Japonais sont formés, rompus à résister, à supporter à se taire ». A la question de savoir si les Japonais sont matérialistes, il répond qu’ils le sont « tout autant que nous » mais que leur « culture profonde ne l’est pas ». De plus, ils sont « viscéralement attachés à cette terre étroite, ils n’ont pas de pays de rechange ». Doit-on en conclure que notre « culture profonde », à nous autres Européens, ne nous arme pas assez contre un tel cataclysme ? Ce serait faire fausse route.
Bien qu’affectée par le cancer prométhéen répandu par la foi cartésienne en la « maîtrise » et en la « possession » de la nature, la « culture profonde » des Européens demeure tout autant armée que celle des Japonais pour faire face à des bouleversements inattendus. N’a t-on pas hérité des vertus stoïciennes par l’entremise des Romains, premiers Empereurs d’Europe, qui avaient fait leur la vieille morale de Zénon de Citium et la philosophie d’Epictète, qui se voulait efficace « comme un poignard » pour l’homme soumis aux tempêtes de la vie ? L’enkheiridion (le poignard) voué à transpercer les frontières des cénacles de lettrés pour irriguer et affermir les cœurs des candidats au vrai bonheur n’a t-il pas guidé celui des Césars ? Lire le reste de cet article »
27 février 2011
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Beaucoup ne connaissent guère de l’histoire de Genève que la Réforme qui en fit la Rome du protestantisme. C’est oublier la lutte des Genevois pour leur liberté et plus particulièrement celle d’un Genevois d’adoption, qui précéda la venue du froid et dur Calvin.
Cet homme, c’est Philibert Berthelier. Né à Virieu-le-Grand en Savoie vers 1462, il était issu d’une grande famille de tanneurs qui possédait de nombreuses terres et propriétés, y compris une demeure à Genève pour leur commerce.
La fuite de Philibert vers Genève fut causée par les querelles familiales entre son suzerain Rêné le Bâtard dont il était l’écuyer et la belle-sœur de celui-ci : Marguerite d’Autriche. En effet, elle s’appropriait toutes ses terres et tous ses biens, y compris ceux des Bertheliers! La seule manière de conserver ses biens était l’acquisition du titre de bourgeois de Genève.
Philibert Berthelier arriva dans une Genève en plein tourment, Charles III succéda au paisible Philibert II en 1504 et il s’avèrera être le plus cruel des ducs de Savoie envers les Genevois. Très rapidement Berthelier rejoignit les rangs des patriotes et défenseurs des franchises de la cité, comme Levrier et Tacon. L’ancien écuyer, formés sous de grands capitaines, ayant fait la rude campagne de Naples et de Milan et bravement gagné ses éperons sous la Bannière de France, su très rapidement s’imposer parmi les patriotes. Il fut nommé en 1505 capitaine de la compagnie des archers. Lire le reste de cet article »
13 février 2011
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Rationalité supérieure de la démocratie directe
Il s’agit de savoir pourquoi la démocratie directe a donné empiriquement de bons résultats partout où elle est appliquée (Suisse, Liechtenstein, USA, Italie, Allemagne).
Cette question a été traitée brillamment par des spécialistes, surtout américains, allemands et suisses. Il s’agit ici de faire connaître aux Français, devant le silence des medias, les arguments développés dans plusieurs universités étrangères et appuyés sur de nombreuses preuves empiriques.
Thomas Cronin, ancien professeur à Princeton et professeur à l’université du Colorado montre que les électeurs sont souvent hors d’état de contrôler leurs élus : « 58% sont incapables de dire s’ils sont d’accord avec ce que leurs représentants ont voté au congrès pendant la dernière législature » ; par contre, une étude sur le Colorado montre que 78% des votants sont bien informés sur les enjeux lors de référendums populaires. De nombreuses études ont été faites sur les sources d’information des votants et ceux-ci sont mieux informés sur les sujets concrets de référendums que sur les programmes électoraux des partis.
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28 janvier 2011
Article très intéressant au sujet de la votation fédérale du 13 février. Celle-ci porte sur une initiative des milieux de gauche qui en cas d’acceptation interdira à chaque soldat suisse de garder son arme à la maison. Ce texte précise les véritables enjeux de cette votation, et les raisons pour lesquelles il faudra voter non.
L’initiative «Pour la protection face à la violence des armes», sur laquelle nous voterons le 13 février, est une nouvelle bataille dans la guerre d’usure menée depuis vingt ans contre l’armée suisse. La présence du «Groupement pour une Suisse sans armée» à la tête des organisations de soutien à l’initiative ne laisse aucun doute à ce sujet. Néanmoins, on nous la présente, dans un brouillard de statistiques tronquées et constamment changeantes, comme si son but principal était d’empêcher le suicide par arme à feu. Le débat est ainsi détourné de son véritable objet au profit d’un leurre sentimental, probablement pour s’attacher l’électorat féminin.
Pour ce qui est du suicide, on peut répondre que les moyens ne créent pas la fin. Ce n’est pas la détention d’un fusil à la maison qui donne au désespéré l’envie de se tuer. Et s’il veut le faire, ce n’est pas l’absence d’un fusil d’assaut qui l’en empêchera.
A cette objection majeure, M. Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins helvétiques et, surtout, candidat socialiste au Conseil national, oppose le fait que l’arme est à portée de main et prête à l’emploi: cette immédiateté empêche le malheureux qui aurait juste un coup de blues de prendre un temps de réflexion peut-être salutaire. L’argument est dépourvu de pertinence puisque le soldat ne garde plus ses munitions à la maison. Tout le monde le sait, sauf M. de Haller et, bien entendu, Mme Ariane Dayer, qui a repris l’argument sur le ton de l’évidence dans son éditorial du Matin Dimanche du 9 janvier. Lire le reste de cet article »