Eric Zemmour – Le premier sexe

Categorie(s) : Textes, par JI Genève

Auteur : Eric Zemmour

Titre de l’ouvrage : Le premier sexe

Date de parution, éditeur, nombre de pages : 2009 (première édition en 2006), J’ai Lu, 123 pages

Sujet :

C’est le livre qui a fait connaitre Eric Zemmour. Suite à sa parution il fut invité sur de nombreux plateaux télés où il a croisé le fer avec moultes bobos et féministes. La thèse de ce livre est que l’on assiste depuis 1968 à une féminisation de la société et une dévirilisation de l’homme.

Résumé :

Le féminisme est un “-isme du 20ème siècle qui ne peut échapper à ses démons totalitaires”, c’est une “vision du monde” qui veut “changer la femme et l’homme”. A l’image du communisme dont on ne peut distinguer le bon grain marxiste de l’ivraie stalinienne, le féminisme est un “bloc”. Opposé à “l’héritage judéo-chrétien” qu’il cherche à “détruire” par le biais de la “déconstruction sexuelle”, pour en finir avec une “conception du monde qui repose sur la distinction dans tous les sens du termes (…) l’homme et la femme, le sacré et le profane, l’indigène et l’étranger”. En cela, le féminisme nous intéresse, nous autres Identitaires, car il n’est qu’un avatar supplémentaire de l’uniformisation mondiale.

Profondément égalitariste, le paradoxe du féminisme n’est pas tant de vouloir élever la femme au niveau social de l’homme mais ramener ce dernier au niveau social de la femme dans le plus grand intérêt du capitalisme. En effet, les femmes sont “l’armée de réserve du capitalisme”, une main d’œuvre flexible et malléable, comme les immigrés. L’entrée des femmes dans le salariat n’est pas une “conquête” féministe mais un “piège magnifiquement tendu par le capitalisme menacé” dès la fin des années 60 – pendant les Trente Glorieuses, quand le “partage entre les salaires et le profit se tord au profit des premiers”. D’où la “salarisation” du travail féminin. En effet, “les salaires féminins sont inférieurs aux salaires masculins [et] limitent les revendications des salariés mâles qui trouvent dans le revenu de leur conjointe une poire pour la soif”. Comme l’altermondialisme et les lubbies immigrationnistes, le féminisme, mouvance née à gauche, est l’idiot utile du capitalisme. Le féminisme est la “touche ultime d’un projet authentiquement révolutionnaire de fabrication frankesteinienne d’un homme sans racines ni race, sans frontières ni pays, sans sexe ni identité. Un homme hors sol.

On l’a vu : le féminisme est l’ennemi de la tradition judéo-chrétienne occidentale, des femmes et des hommes sur le marché du travail. Mais il est aussi un vecteur de graves névroses. En instituant la “toute puissance matriarcale de l’Amour” dans les psychés dès le plus jeune âge (l’invitation à avoir une amoureuse dès l’enfance est le “début du dressage”), la “féminisation” des hommes a détruit l’équilibre des relations de couples et des familles entières. En effet, ce processus a poussé les hommes à prendre leurs désirs et leurs pulsions pour des émotions sincères : les hommes “se déculpabilisent : ils ne baisent plus, ils aiment. Ils ne peuvent rien maîtriser, c’est l’amour qui les emporte sur son cheval ailé”. Ainsi le discours féministe de la suprématie des vertus sentimentales féminines (sur la rationalité patriarcale) s’est retourné contre les femmes, confrontées à des maris et des amants dévirilisés qui n’assument plus un “fardeau trop lourd à porter”. Alors, les hommes ne voulant plus “incarner la loi (…) la répression”, puis lassés de jouer les papa-poules, “désertent” tout simplement leurs responsabilités :  c’est l’effet boomerang de la “liberté exclusive” prônée par le féminisme. Les femmes en sont les premières victimes. Dépitées, elles s’en remettent au “pouvoir coercitif [des] juges” pour “rattraper des hommes égaillés dans la pampa joyeuse de l’irresponsabilité” sous l’alibi de “l’Amour”. Le féminisme est donc l’une des premières causes du virage procédurier de nos sociétés occidentales livrées à la guerre de tous contre toutes. Cette idéologie est facteur de division et de conflit au sein de la première société qui soit : la famille, le foyer. En déstabilisant les rapports hommes-femmes, c’est la société toute entière dont elle menace la cohésion et l’équilibre.

Les femmes l’ont compris, trop tard malheureusement : le féminisme est un “marché de dupes”. S’attaquant aux prétendues “conquêtes” féministes (de la pilule à l’avortement), Zemmour ajoute qu’elles se “conjuguent avec la disparition programmée des peuples européens”. Et ceci doit tout particulièrement nous interpeller en tant qu’identitaires…

Eric Zemmour note aussi, non sans malice, l’hypocrisie des mouvements féministes, très marqués à gauche, anti-racistes béats, qui se gardent bien, “par tradition anticolonialiste”, de braquer le projecteur sur les jeunes Arabes qui font “revenir les cités à l’âge de pierre antéféministe”, parce qu’ils “viennent d’un univers où les hommes ne sont pas féminisés, où ils se conduisent selon leurs pulsions (…) contenues par un cadre rigide familial et religieux [qui] a explosé” chez les Blancs. Et pour lesquels la femme se résume à la mère (elle pond) et à la pute (elle s’allonge) : “le jeune arabe est l’homme d’avant la civilisation. Il réagit de manière binaire, ‘lopesa’ ou ‘respect’, putes en minijupes ou saintes voilées, putain ou vierge”. Il analyse par ailleurs le phénomène des “racailles blanches”, Français de souche de banlieue fascinés par la virilité des jeunes immigrés maghrébins : “eux aussi jouent aux petits coqs (…) ils sont ouvriers ou employés ou chomeurs. Ils ne votent pas communiste ou trotskiste. C’est bon pour les jeunes des écoles.”

Eric Zemmour défend la thèse que la féminisation de la société illustre un phénomène beaucoup plus grave en soi : “le retrait du politique”, au profit des multinationales et des assemblées d’experts nommés par leurs pairs et donc non-élus démocratiquement (les membres de la Commission européenne qui ont l’initiative des propositions de loi dans la Communauté européenne par exemple, or 80% du droit français vient de Bruxelles). “C’est la grande ironie de l’histoire d’une féminisation qui n’est qu’une dévirilisation. Les femmes croient prendre ce qu’elles arrachent aux hommes. En réalité, les hommes abandonnent les apparences d’un pouvoir défunt”. Il ajoute : “après sa réélection en 2002, le président Chirac a présenté ses trois priorités : plan contre le cancer, plan pour les handicapés et plan contre la mortalité sur les routes ! Objectifs dignes d’un président de conseil général ! C’est la réalité du pouvoir aujourd’hui. Que lui reste t-il ? Le social. De RMI en politique de la ville, l’élu est devenu l’assistante sociale d’un capitalisme mondialisé, financiarisé, nomadisé, qui se rit des travailleurs sédentaires.”

A la lecture du Premier Sexe, on est vite convaincu que la féminisation de la société et du pouvoir politique n’est pas un problème annexe, entre le tri sélectif et le dernier match de l’OM, mais “LE” problème central de l’Europe (voire de l’Occident) au 21ème siècle : la suprématie des valeurs féminines (écoute, tolérance, “prévention” par opposition à la “répression”, etc.) castre les institutions politiques qui, condamnées à exercer la “contrainte” (expulsion de clandestins, peines plus lourdes pour les délinquants étrangers, guerre à la drogue, chasse aux spéculateurs, etc.) pour atteindre un objectif de redressement du moral des Européens, sont brocardées comme “criminelles” et “monstrueuses” parce que heurtant la douce sensibilité des Occidentaux, censés être des femmes comme les autres… Le féminisme a introduit la psychanalyse en politique : chaque citoyen est une victime de la société d’exclusion et un pré-adolescent malade qu’il vaut mieux soigner et cajoler que punir, même si celui-ci viole et tue vos enfants. Ou comment le meilleur des mondes matriarcal et totalitaire est pavé de bonnes intentions laxistes et rousseauistes (“la société pervertit l’homme”).

Citation :

“Le pouvoir, c’est le mal, la mort, le phallus, l’homme. Plus personne, dans les jeunes générations de nos pays, ne veut assumer ce fardeau. Volonté de l’homme blanc de sortir de l’histoire. Volonté aussi d’échapper à la tyrannie de la Raison qui illumine, pour le meilleur et pour le pire, l’histoire de l’Occident. La féminisation des hommes est vécue comme une alternative bienheureuse, la quête d’un âge d’or, la parousie universelle. Le rêve féministe s’est substitué au rêve communiste. On sait comment ces rêves finissent.”

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