Eric Zemmour – Mélancolie Française
Categorie(s) : Textes, par JI Genève

Auteur : Eric Zemmour
Titre de l’ouvrage : Mélancolie Française
Date de parution, éditeur, nombre de pages : 2010, Edition Fayard et Denoël, 251p.
Sujet :
Eric Zemmour raconte l’Histoire de France. Il en profite pour soutenir une thèse, la France a toujours eu pour ambition d’être la « nouvelle Rome » sans jamais vraiment y parvenir. L’auteur reviendra tout au long de l’ouvrage sur les raisons historiques, mais aussi géopolitiques de cet échec et fera lors du dernier chapitre, nommé « la chute de Rome » en référence à l’invasion de l’empire romain par les barbares, un inquiétant diagnostique de la France d’aujourd’hui.
Résumé :
C’est avec une description de la France, considéré par l’auteur comme un condensé d’Europe que débute le livre. Après cette présentation, Eric Zemmour avance sa thèse, qu’il développera en parallèle de son récit historique, la France a toujours eu « ambition d’être l’héritière de Rome » mais à chaque fois la France échoue sur la dernière marche. La majorité du livre sera consacrée à une explication historique et politique de cet échec.
Pour Zemmour, la France est une puissance maritime et continentale qui n’a jamais réussi à avoir la suprématie totale dans les deux domaines, contrairement à Rome. Cet échec géopolitique il l’explique en premier lieu par le fait que l’Angleterre a très vite utilisé l’ouverture des marchés pour pratiquer un libre-échangisme qui a fini par affaiblir la France protectionniste du XVIIIème siècle. L’Angleterre était une thalassocratie, remplacée aujourd’hui par les États-Unis, qui ne pouvait assouvir sa domination face aux puissances continentales que par le commerce maritime. Pour Zemmour, la guerre entre Napoléon et les Anglais est une guerre entre protectionnisme et libre-échangisme, la première vraie guerre totale de l’histoire bien avant 1914. D’ailleurs pour lui le traité de Vienne infligé aux Français après Waterloo porte selon lui les germes de celui de Versailles. On assiste désormais plus à des guerres entre adversaires avec des règles, mais dans une guerre totale qui vise à humilier l’ennemi.
Les Anglais n’iront pourtant pas jusqu’à anéantir la France car une autre menace nait pour eux en Europe : l’Allemagne. Le véritable cauchemar pour le mondialisme sous domination anglaise serait une union entre les deux puissances continentales. Les Américains craignent, d’ailleurs, la même chose aujourd’hui, c’est-à-dire une alliance entre la Russie et l’Europe. Il faut donc pour les Anglais réduire la France, par des pertes de territoire, mais ne pas trop l’affaiblir pour qu’elle reste capable de gêner l’Allemagne.
Après sa défaite de Waterloo, la France entre en déclin, la cuisante défaite contre la Prusse et la chute du Second Empire continuera d’illustrer cet état de fait. Et quand dans la Première Guerre mondiale éclate, la France croit retrouver sa place dans le monde. Elle sera en réalité l’idiot utile des Anglo-Saxons et contribuera grandement au suicide de l’Europe. Tout au long de cette nouvelle guerre de trente ans, la France et l’Europe seront mises hors-jeu de la partie que se livrent les nouvelles puissances continentales alors que l’Angleterre se fera dépasser par les États-Unis et deviendra son fidèle vassal.
Zemmour avance ensuite thèse originale sur le maréchal Pétain à qui on est reconnaissant d’avoir attendu les Américains en 1917 alors qu’on lui reproche de l’avoir fait en 1940. Pour lui c’est exactement l’inverse qu’il aurait fallu faire, ou en tout cas ne pas attendre en 1917. En effet, la France sous-estimait à ce moment-là l’état catastrophique dans lequel était l’armée allemande et si elle avait eu conscience de sa suprématie elle aurait pu aller à Berlin et définitivement imposer sa puissance sur le contient, ce que les Américains ne voulaient pas, au risque de retrouver face à eux une nouvelle puissance continentale.
Zemmour restera relativement bref sur le second conflit mondial. Il n’oubliera pas cependant de remettre à leur place les pacifistes de gauche, qui par pacifisme ont collaboré avec les Allemands. Il les accuse aussi d’avoir rejoints en masse le maréchal Pétain, jusqu’à en former la majorité de son cabinet alors que les nationalistes de l’Action Française ont été parmi les premiers à rentrer en résistance. En 1945, Zemmour considère que les vieilles puissances européennes, la France en tête, sont définitivement dépassées par les nouvelles superpuissances soviétique et américaine, deux nation-continents pesants bien plus démographiquement, politiquement, militairement et économiquement.
C’est sur la démographie justement, véritable pierre angulaire de l’histoire, que sera centrée la fin du livre. Pour l’auteur, quand Charles de Gaulle reprend le pouvoir en France, ce dernier tentera au travers des colonies de réinventer la puissance française d’antan. Zemmour reproche à de Gaulle de soutenir les colonises dans tous les domaines autant économiques qu’idéologiques, mais de ne pas les peupler, ce qui est la seule colonisation qui pèse à long terme. Car en colonisant démographiquement l’Algérie, la France se donnait la chance d’avoir un empire méditerranéen peuplé de Français sur les deux rives. En refusant cette optique, les colonies étaient devenues des « boulets » et seront honteusement abandonnées par la France.
Après 1962, le vieux général afficha la volonté de maintenir la domination française en Europe. A ce moment, la France ne conserve plus qu’un avantage, celui de régner économiquement et politiquement sur l’Europe des six grâce à la division de l’Allemagne et l’absence de la Grande Bretagne que de Gaulle s’efforcera de garder en dehors de l’Europe en se servant de son véto de peur de l’entrée du cheval de Troie libre-échangiste dans la communauté.
Mais tout semblait démontrer que le vent de l’histoire avait définitivement tourné. La droite se détachera progressivement du conservatisme réel pour adopter l’idéologie du mouvement tandis que la démographie française stagnera et que mai 68 détruira les dernières barrières morales de la France. Quand Pompidou remplace de Gaulle, il laissera entrer l’Angleterre dans l’Europe avec son modèle économique ce qui contribuera au déclassement de la France. Mais pire encore, Giscard d’Estaing et Chirac autoriseront le regroupement familial des immigrés. La nature ayant horreur du vide, une colonisation inversée se produira par l’immigration et le modèle assimilationniste français explosera alors devant la poussé migratoire.
Dans le chapitre final du livre, Zemmour démontre que tout concorde tristement entre la chute de Rome et le déclin de France et de l’Europe. Comme la France, juste avant de s’écrouler, Rome n’était plus capable d’assimiler les barbares et de défendre ses frontières. Zemmour y voit les prémices d’une guerre civile dont les premières escarmouches sont les évènements dans les banlieues qu’on a connus ces dernières années. L’erreur que font les Français d’aujourd’hui est de croire que les quarante années de paix qu’ils ont vécues étaient un état normal alors qu’elles sont qu’une exception dans l’histoire de France.
Citations :
« La France est le jardin de l’Europe. Par la vallée du Rhône, la France s’ouvre sur l’Italie; par celles de la Moselle et du Rhin, nous sommes en Allemagne. Le Roussillon est espagnol, la Provence est un amas composite de cités grecques et de municipes romains; la Lorraine est une miniature de l’Empire germanique, où Français et Allemands sont intimement mêlés. Toulouse est une Rome à moitié réussie; au Capitole, les archives de la ville étaient gardées dans une armoire en fer, comme les flammes romaines. La Normandie est une autre Angleterre; nichée au cœur du plateau des deux Sèvres, qu’on appelait la Petite Hollande, La Rochelle se crut une Amsterdam dont Coligny eût été le guillaume d’Orange, avant que Richelieu ne l’assiégeât et l’abattît; le plat pays du nord de la France réussie; au Capitole, les archives de la ville étaient gardées dans une armoire en fer, comme les flammes romaines. La Normandie est une autre Angleterre; nichée au cœur du plateau des deux Sèvres, qu’on appelait la Petite Hollande, La Rochelle se crut une Amsterdam dont Coligny eût été le guillaume d’Orange, avant que Richelieu ne l’assiégeât et l’abattît; le plat pays du nord de la France est le même que celui d’Ypres, de Gand et de Bruges. La langue bretonne est de la famille celte comme le gaélique irlandais et quant aux Basque qui a vu dit Michelet, toutes les nations passer devant lui, il ne se soucie même plus de savoir de quand il date. » Page 9 et 10
« La France révolutionnaire a été une sorte de préfiguration de l’Union soviétique et de l’Amérique. Elle a multiplié les républiques-soeurs comme de futures démocraties populaires : bataves, helvétique, cisalpine, ligure, romaine et parthénopéenne. » Page 59
« Les services anglais expérimentèrent avec Napoléon, ce que les Alliés réussiront en grand avec les Allemands au cours des deux guerres du XXe siècle : la diabolisation morale de l’ennemi. A la fois ogre et antéchrist, Napoléon finit comme « ennemi de l’humanité ». Avec Napoléon, les Anglais ont en quelque sorte inventé «l’ hitlérisation » de leur adversaire. » Page 80 et 81
« La défaite de Waterloo, et le traité de vienne, si admirable aux yeux germanophiles d’Henry Kissinger, nous conduisaient inéluctablement au déclin et à l’histoire tragique du XXe siècle. Seule la victoire de Napoléon aurait pu nous épargner ce désastre. Ou alors la victoire totale de l’Allemagne à l’été 1914. Dans ce contexte tragique, notre plus grave “erreur” fut sans doute notre victoire héroïque de la Marne. Alors, nous aurions économisé un million et demi de vies, sans oublier les 200’000 militaires et 400’000 civils de la Seconde Guerre mondial. En cas de défaite française dés 1914 (à défaut de victoire en 1815), pas de révolution russe, pas de fascisme, pas de nazisme, pas d’holocauste des Juifs, pas d’intervention américaine en 1917 ni en 1944. La pax germanica aurait régné sur le continent. Une autre guerre aurait continué entre l’empereur d’Allemagne et le roi d’Angleterre, son cousin germain ; une guerre qui aurait préfiguré celle de 1940 ; ce sempiternel affrontement entre la terre et la mer dont Napoléon et la France avait cru, sortir vainqueur. Amère uchronie. » Page 108
« Comme l’avait fort bien compris le général de Gaulle – et un court moment Jacques Chirac en 2003 -, une Europe réellement européenne ne pourrait naître qu’en dehors et contre l’Union européenne. Il faudrait ressusciter le triangle continentale Paris-Berlin-Moscou, esquissé en 1895 lors des fameuses manœuvres de la Baltique. Mais, à un siècle d’écart, ce rêve continental ne vécut guère plus longtemps, miné par la faiblesse française, l’atlantisme de la droite allemande, les ambiguïtés russes. » Page 165
« Notre dynamisme démographique est branché sur le moteur à explosion maghrébin et africain ; les dissimilations imprécatoires des Lyssenko de l’INED n’y changeront rien. » Page 218 et 219
Appréciation personnelle :
La réalisation de cette fiche de lecture fut un vrai casse-tête tant il y avait de choses à dire, cet ouvrage par ses analyses est un enrichissement permanent qui remonte à lui seul le torrent de bien-pensance qui chaque jour se déverse sur nos esprits. Je craignais un ouvrage uniquement focalisé sur la nostalgie de l’effacement de la grandeur de la France. Mais Mélancolie Française réussit à nous donner des clés pour demain, surtout dans le dernier chapitre où Zemmour nous met froidement face à la réalité démographique actuelle de la France. A ceux qui doute encore de l’ampleur de la catastrophe qui est en train de se produire, n’hésitez pas une minute et courez vous le procurer. Le livre fait déjà partie des meilleurs ventes en France .
Benjamin























Le 23 mars 2010 à 10:28
lisez-le c’est un super livre! comme l’auteur Zemmour qui est un écrivain et intellectuel très pertinent. BRAVO ZEMMOUR
Le 21 août 2010 à 6:29
J’aime bien Eric Zemmour : cultivé, vif, avec un sens de la justesse et de la répartie qui deviennent rares…
Néanmoins, si il n’était pas juif, lui aussi se ferait taxé de nazi toutes les 5 minutes.
Et ça c’est grave docteur !