<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
		>
<channel>
	<title>Commentaires sur : Gonzague de Reynold &#8211; Conscience de la Suisse</title>
	<atom:link href="http://www.jigeneve.com/2010/01/gonzague-de-reynold-conscience-de-la-suisse/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.jigeneve.com/2010/01/gonzague-de-reynold-conscience-de-la-suisse/</link>
	<description>Les Jeunes Identitaires genevois</description>
	<lastBuildDate>Thu, 02 Sep 2010 12:04:24 +0000</lastBuildDate>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.0.1</generator>
	<item>
		<title>Par : Duchnock</title>
		<link>http://www.jigeneve.com/2010/01/gonzague-de-reynold-conscience-de-la-suisse/comment-page-1/#comment-5039</link>
		<dc:creator>Duchnock</dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Jan 2010 16:43:52 +0000</pubDate>
		<guid isPermaLink="false">http://www.jigeneve.com/?p=1558#comment-5039</guid>
		<description>Bravo, bravissimo les Suisses. L&#039;Europe va vous en devoir !!!</description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>Bravo, bravissimo les Suisses. L&#8217;Europe va vous en devoir !!!</p>
]]></content:encoded>
	</item>
	<item>
		<title>Par : Alex</title>
		<link>http://www.jigeneve.com/2010/01/gonzague-de-reynold-conscience-de-la-suisse/comment-page-1/#comment-4935</link>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Jan 2010 09:24:49 +0000</pubDate>
		<guid isPermaLink="false">http://www.jigeneve.com/?p=1558#comment-4935</guid>
		<description>Un papier assez honnête sur GdR dans l&#039;hebdo de cette semaine :

http://www.hebdo.ch/du_conseil_federal_aupres_du_duce_42455_.html

Gonzague de Reynold
L’émissaire du Conseil fédéral auprès du Duce

Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 13.01.2010 à 15:53

Rome, le 21 mai 1940. Gonzague de Reynold a débarqué 5 jours plus tôt dans la capitale italienne avec son cousin Jean-Daniel de Montenach, un diplomate suisse. Non pas pour visiter cette ville majestueuse que l’écrivain fribourgeois, monarchiste déclaré, maurrassien, catholique engagé, connaît par cœur. Ni pour profiter du doux soleil printanier ou même pour rencontrer ses amis fascistes que l’aristocrate sexagénaire fréquente depuis les années 1920.

Non, si Reynold a quitté son château de Cressier-sur-Morat, c’est qu’il est en mission commandée. Une mission de la plus haute importance pour son pays, cette Suisse qu’il aime par-dessus tout. Monsieur le comte doit sonder Benito Mussolini sur ses intentions concernant son petit voisin du nord. Ordre des conseillers fédéraux Philipp Etter et Marcel Pilet-Golaz, souligne l’historien fribourgeois Alain Chardonnens qui apporte une lecture inédite de cet épisode dans Clio dans tous ses états, le livre publié aux éditions Infolio en hommage à Georges Andrey, l’auteur notamment de La Suisse pour les nuls.

Seconde Mobilisation. Berne est sur les dents. Onze jours plus tôt, les hordes nazies ont enfoncé les lignes franco-anglaises dans le nord de la France, mettant fin à la drôle de guerre. Et l’impensable se produit: l’armée tricolore, considérée comme l’une des plus puissantes de son temps, est en déroute. Elle ne sera bientôt plus que l’ombre d’elle-même et le maréchal Pétain, le héros de Verdun, devra accepter de capituler devant Hitler et ses sbires. Dans six semaines, l’Europe continentale sera totalement soumise aux forces de l’Axe.

Calfeutrée derrière ses frontières, la Suisse observe la boucherie. En spectateur, même si le Conseil fédéral a décrété le 10 mai une seconde Mobilisation générale après celle du 1er septembre 1939. Le pays a peur. Le Conseil fédéral le sent. Le sait. Comme il sait que son armée ne tiendra pas le choc d’une attaque allemande. Et que feront les Italiens? Ce 21 mai 1940, Mussolini n’a pas encore pris position. Va-t-il rester neutre? Ou va-t-il entrer en guerre aux côtés des nazis avec lesquels il a signé le pacte d’Acier en 1939? Et s’il le fait, va-t-il attaquer la Suisse par le sud?

Salut romain. Autant de questions que Reynold souhaite poser au Duce. Mais ce dernier refuse de lui donner audience bien que les deux hommes se connaissent bien. Ils se sont rencontrés à six reprises au moins, entre 1927 et 1937. L’occasion pour l’auteur de La démocratie et la Suisse (1929) de faire le salut romain et de rappeler son respect et son admiration à celui qu’il nomme le rempart civilisateur contre le communisme, cette «antichambre de l’enfer».

Alors Reynold prend sa plume et écrit une lettre au maître de l’Italie. Une missive d’une correspondance inédite entre les deux hommes qu’Alain Chardonnens a découverte aux Archives littéraires suisses (ALS) à Berne.

Dans sa lettre, le Fribourgeois sollicite un nouvel entretien au Duce tout en expliquant les raisons de sa présence à Rome et en se rendant «compte de ce que cette démarche a de présomptueux dans les circonstances présentes». Mais il a à lui «apporter deux témoignages. Le premier, pour affirmer, contre toute espèce de doutes ou de malentendus possibles, la loyauté de la Suisse unanime envers sa propre neutralité.» Une neutralité, ajoute-t-il, qui est le fondement de l’indépendance suisse, sa parole d’honneur qui oblige le pays à se défendre «de tout pouvoir et de tout notre effort contre tout agresseur. Ni le gouvernement, ni l’armée, ni le peuple ne se dérobent à ce devoir dont l’existence de la Suisse dépend.»

En clair? les Helvètes ne se laisseront pas avaler sans combattre.

Le second témoignage de Reynold est celui de sa confiance «en l’Italie et en son chef», insiste l’émissaire fribourgeois. «Nous savons tous que vous connaissez, comprenez, aimez la Suisse: vous n’avez cessé, en toute occasion, de le prouver. Nous savons tous que l’amitié italo-suisse est fondée sur la réalité des intérêts, enracinés dans la nature des choses.»

De nouveau, Mussolini fera la sourde oreille. Ce qui peut se comprendre, analyse Alain Chardonnens. «Depuis mars 1940, le dictateur italien doit faire face à de grandes pressions à la fois des démocraties libérales et du IIIe Reich. Joachim von Ribbentrop (ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, ndlr) cherche à le convaincre d’entrer en guerre aux côtés du Reich.»

Protéger la Suisse. Le message est le même lorsqu’il rencontre Adolf Hitler au Brenner, le 18 mars. Entre le 16 et le 26 avril 1940, le Britannique Winston Churchill, le Français Paul Reynaud, le pape Pie XII et même le président américain Franklin Delano Roosevelt se font très insistants pour que l’Italie reste neutre. Or, entre avril et juin 1940, le IIIe Reich enchaîne les victoires. Le Duce, qui doit prendre une décision, n’a donc que faire des sollicitations de la petite Suisse inquiète pour son avenir.

Reynold aura néanmoins droit à une rencontre avec un diplomate italien, un envoyé du Duce selon lui. Son message est clair: si les Allemands envahissent la Suisse, les Italiens le feront aussi… «ne serait-ce que pour la protéger». L’émissaire du Conseil fédéral a sa réponse. Comme les nazis qui planchent déjà sur des plans d’attaque de la Confédération, la fameuse «opération Tannenbaum» (sapin), Mussolini est prêt lui aussi à manger sa part d’un pays qu’il n’aime pas autant que veut bien le croire Reynold: «J’ai les yeux rivés sur le Tessin, parce que la Suisse a perdu sa cohésion et qu’elle va disparaître un jour comme beaucoup de petits Etats», avait fait remarquer le Duce devant le Grand Conseil fasciste en mars 1939 avant de déclarer à Hitler, en octobre 1940, que la Suisse, par son hostilité incompréhensible, «pose elle-même le problème de son existence».

Un landammann. Finalement, l’Italie déclarera la guerre le 10 juin 1940 à la France et à la Grande-Bretagne. La Suisse sera épargnée grâce à sa collaboration à l’effort de guerre allemand. Et l’Axe italo-allemand s’effondrera trois ans plus tard et Reynold ne verra jamais son pays devenir un régime chrétien et autoritaire avec, à sa tête, un landammann. Un régime qu’il appelait de ses vœux en juillet 1940.

Une Suisse fasciste? Alain Chardonnens n’y croit pas. Car même si Reynold admire le fascisme, il n’est pas un fasciste lui-même. «Ses positions idéologiques catholiques conservatrices expliquent cette distance», indique Alain Chardonnens qui a pu consulter après autorisation tous les documents «de Reynold» relatifs à la période fasciste. «Il s’est montré à plusieurs reprises critique à l’égard du fascisme dans ses articles, y regrettant amèrement l’absence de dogme catholique. De plus, à ses yeux, une dictature de droite devrait déboucher sur une monarchie. En tant que maurrassien, Reynold a toujours été un monarchiste déclaré.» Cela ne l’empêche pas de plaider dès 1940 pour une Suisse alignée sur l’Axe. Ou de jouer le jeu de l’Italie dès qu’il le peut, comme dans les années 1920 où il est déjà en contact épistolaire avec Mussolini.

«En qualité de rapporteur général de la Commission internationale de la coopération intellectuelle (à laquelle va succéder l’Unesco) de la Société des Nations (SDN) il prend l’initiative d’écrire à Benito Mussolini le 14 novembre 1925», raconte encore l’historien fribourgeois. «Le siège italien étant vacant, Reynold exhorte Mussolini de présenter la candidature non pas d’un libéral, mais d’un fasciste. Reynold souligne par ce geste son admiration pour le leader politique italien et son action. De son côté, Mussolini se montre satisfait d’obtenir du soutien d’intellectuels qui partagent sa vision politique.»

Cette proximité coûtera cher à Reynold après la guerre. «Il devient un paria politique», note Alain Chardonnens. Le Fribourgeois avait mis pourtant de l’eau dans son vin. «Dans le troisième tome de ses Mémoires (1963) et dans ses écrits, il passe sous silence le terrible bilan de l’Etat fasciste (bombes chimiques contre les Abyssins en 1936, lois raciales et déportation des Juifs) pour louer l’extraordinaire personnalité de Benito Mussolini lors de ses quinze premières années de pouvoir», souligne le chercheur. «Reynold loue l’énergie du leader italien qui a réussi dans ses premières années à stabiliser l’Italie. C’est ainsi qu’il se déclare, en 1967, «mussolinien» plutôt que «fasciste».

Oublis. Mais rien n’y fait. Après sa mort en 1970, à l’âge de 90 ans, Reynold, qui avait reçu en 1955 le Grand Prix Schiller, est victime d’une véritable damnatio memoriæ, une damnation de la mémoire. Cet écrivain romand majeur du XXe siècle, qui avait amorcé avec Ramuz et les frères Cingria le mouvement de rénovation de la littérature romande en créant en 1904 la revue la Voie latine, disparaît des écrans.

«Au début de 2010, quasiment aucun de mes élèves âgés de 18 ans auxquels j’enseigne l’histoire ou la sociologie politique à l’Ecole de culture générale de Fribourg n’a entendu parler de lui», souligne Alain Chardonnens.

Comme on n’aime guère rappeler que Benito Mussolini a reçu en 1937 le titre de docteur honoris causa de l’Université de Lausanne avec l’autorisation du Conseil d’Etat vaudois. Et que ce dernier offre en mai 1941 au Duce une copie du buste de Marc Aurèle qui vient d’être découvert dans les égouts d’Avenches.

Des hommages que la Suisse officielle préfère oublier. On a la mémoire qu’on veut bien…

«J’AI LES YEUX RIVÉS SUR LE TESSIN, PARCE QUE LA SUISSE A PERDU SA COHÉSION ET QU’ELLE VA DISPARAÎTRE UN JOUR COMME BEAUCOUP DE PETITS ÉTATS.»
Benito Mussolini devant le Grand Conseil fasciste

 
1940, DES SEMAINES D’ANGOISSE
10 mai Début de l’offensive contre la France, par les Ardennes. Reddition du Luxembourg. En Angleterre, Chamberlain démissionne et Churchill forme un gouvernement de coalition.

11 mai Seconde vague de mobilisation générale de l’armée suisse, 450 000 hommes sous les drapeaux.

14 mai Mise en place des milices locales sur le territoire suisse, par crainte d’une invasion allemande.

15 mai Reddition des Pays-Bas.

26 mai Début de l’évacuation des troupes alliées de la poche de Dunkerque («opération Dynamo») vers l’Angleterre.

28 mai Reddition de la Belgique

5 juin Hitler lance 150 divisions contre les 60 divisions françaises de la ligne Weygand, traverse la Somme.

10 juin Reddition de la Norvège. L’Italie fasciste déclare la guerre à la France ainsi qu’à la Grande-Bretagne.

14 juin Entrée des premières troupes allemandes à Paris.

17 juin Le maréchal Pétain, président du Conseil, annonce la cessation des combats des forces françaises.

18 juin De Gaulle fait appel aux Français pour poursuivre la lutte.

22 juin Armistice francoallemand.

25 juin Premier projet allemand d’invasion de la Suisse achevé: nom de code «Tannenbaum».

 
PORTRAIT
Gonzague de Reynold
«Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de nourrir les bouches inutiles – ou nuisibles. Une mesure s’impose: l’épuration de toute la population étrangère qui vit chez nous et mange notre nourriture.» Le slogan d’une nouvelle campagne de l’UDC? Pas tout à fait. C’est en fait Gonzague de Reynold (1880-1970) qui appelle en 1917 dans Le Journal de Genève à nettoyer nos villes. Intellectuel résolument de droite, nationaliste, xénophobe, nostalgique du passé aristocratique de la Suisse, adversaire du radicalisme de 1848 et partisan d’un gouvernement autoritaire, le comte fribourgeois ne manquait pas de stature ni de talent. Il fut professeur de littérature française aux Universités de Genève, Berne et Fribourg. Et il a écrit, beaucoup. Et il s’est trompé, beaucoup. N’a-t-il pas dit de Mein Kampf qu’il s’agissait d’un livre de génie et que son auteur, Hitler, était sympathique?</description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>Un papier assez honnête sur GdR dans l&#8217;hebdo de cette semaine :</p>
<p><a href="http://www.hebdo.ch/du_conseil_federal_aupres_du_duce_42455_.html" rel="nofollow">http://www.hebdo.ch/du_conseil_federal_aupres_du_duce_42455_.html</a></p>
<p>Gonzague de Reynold<br />
L’émissaire du Conseil fédéral auprès du Duce</p>
<p>Par Patrick Vallélian &#8211; Mis en ligne le 13.01.2010 à 15:53</p>
<p>Rome, le 21 mai 1940. Gonzague de Reynold a débarqué 5 jours plus tôt dans la capitale italienne avec son cousin Jean-Daniel de Montenach, un diplomate suisse. Non pas pour visiter cette ville majestueuse que l’écrivain fribourgeois, monarchiste déclaré, maurrassien, catholique engagé, connaît par cœur. Ni pour profiter du doux soleil printanier ou même pour rencontrer ses amis fascistes que l’aristocrate sexagénaire fréquente depuis les années 1920.</p>
<p>Non, si Reynold a quitté son château de Cressier-sur-Morat, c’est qu’il est en mission commandée. Une mission de la plus haute importance pour son pays, cette Suisse qu’il aime par-dessus tout. Monsieur le comte doit sonder Benito Mussolini sur ses intentions concernant son petit voisin du nord. Ordre des conseillers fédéraux Philipp Etter et Marcel Pilet-Golaz, souligne l’historien fribourgeois Alain Chardonnens qui apporte une lecture inédite de cet épisode dans Clio dans tous ses états, le livre publié aux éditions Infolio en hommage à Georges Andrey, l’auteur notamment de La Suisse pour les nuls.</p>
<p>Seconde Mobilisation. Berne est sur les dents. Onze jours plus tôt, les hordes nazies ont enfoncé les lignes franco-anglaises dans le nord de la France, mettant fin à la drôle de guerre. Et l’impensable se produit: l’armée tricolore, considérée comme l’une des plus puissantes de son temps, est en déroute. Elle ne sera bientôt plus que l’ombre d’elle-même et le maréchal Pétain, le héros de Verdun, devra accepter de capituler devant Hitler et ses sbires. Dans six semaines, l’Europe continentale sera totalement soumise aux forces de l’Axe.</p>
<p>Calfeutrée derrière ses frontières, la Suisse observe la boucherie. En spectateur, même si le Conseil fédéral a décrété le 10 mai une seconde Mobilisation générale après celle du 1er septembre 1939. Le pays a peur. Le Conseil fédéral le sent. Le sait. Comme il sait que son armée ne tiendra pas le choc d’une attaque allemande. Et que feront les Italiens? Ce 21 mai 1940, Mussolini n’a pas encore pris position. Va-t-il rester neutre? Ou va-t-il entrer en guerre aux côtés des nazis avec lesquels il a signé le pacte d’Acier en 1939? Et s’il le fait, va-t-il attaquer la Suisse par le sud?</p>
<p>Salut romain. Autant de questions que Reynold souhaite poser au Duce. Mais ce dernier refuse de lui donner audience bien que les deux hommes se connaissent bien. Ils se sont rencontrés à six reprises au moins, entre 1927 et 1937. L’occasion pour l’auteur de La démocratie et la Suisse (1929) de faire le salut romain et de rappeler son respect et son admiration à celui qu’il nomme le rempart civilisateur contre le communisme, cette «antichambre de l’enfer».</p>
<p>Alors Reynold prend sa plume et écrit une lettre au maître de l’Italie. Une missive d’une correspondance inédite entre les deux hommes qu’Alain Chardonnens a découverte aux Archives littéraires suisses (ALS) à Berne.</p>
<p>Dans sa lettre, le Fribourgeois sollicite un nouvel entretien au Duce tout en expliquant les raisons de sa présence à Rome et en se rendant «compte de ce que cette démarche a de présomptueux dans les circonstances présentes». Mais il a à lui «apporter deux témoignages. Le premier, pour affirmer, contre toute espèce de doutes ou de malentendus possibles, la loyauté de la Suisse unanime envers sa propre neutralité.» Une neutralité, ajoute-t-il, qui est le fondement de l’indépendance suisse, sa parole d’honneur qui oblige le pays à se défendre «de tout pouvoir et de tout notre effort contre tout agresseur. Ni le gouvernement, ni l’armée, ni le peuple ne se dérobent à ce devoir dont l’existence de la Suisse dépend.»</p>
<p>En clair? les Helvètes ne se laisseront pas avaler sans combattre.</p>
<p>Le second témoignage de Reynold est celui de sa confiance «en l’Italie et en son chef», insiste l’émissaire fribourgeois. «Nous savons tous que vous connaissez, comprenez, aimez la Suisse: vous n’avez cessé, en toute occasion, de le prouver. Nous savons tous que l’amitié italo-suisse est fondée sur la réalité des intérêts, enracinés dans la nature des choses.»</p>
<p>De nouveau, Mussolini fera la sourde oreille. Ce qui peut se comprendre, analyse Alain Chardonnens. «Depuis mars 1940, le dictateur italien doit faire face à de grandes pressions à la fois des démocraties libérales et du IIIe Reich. Joachim von Ribbentrop (ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, ndlr) cherche à le convaincre d’entrer en guerre aux côtés du Reich.»</p>
<p>Protéger la Suisse. Le message est le même lorsqu’il rencontre Adolf Hitler au Brenner, le 18 mars. Entre le 16 et le 26 avril 1940, le Britannique Winston Churchill, le Français Paul Reynaud, le pape Pie XII et même le président américain Franklin Delano Roosevelt se font très insistants pour que l’Italie reste neutre. Or, entre avril et juin 1940, le IIIe Reich enchaîne les victoires. Le Duce, qui doit prendre une décision, n’a donc que faire des sollicitations de la petite Suisse inquiète pour son avenir.</p>
<p>Reynold aura néanmoins droit à une rencontre avec un diplomate italien, un envoyé du Duce selon lui. Son message est clair: si les Allemands envahissent la Suisse, les Italiens le feront aussi… «ne serait-ce que pour la protéger». L’émissaire du Conseil fédéral a sa réponse. Comme les nazis qui planchent déjà sur des plans d’attaque de la Confédération, la fameuse «opération Tannenbaum» (sapin), Mussolini est prêt lui aussi à manger sa part d’un pays qu’il n’aime pas autant que veut bien le croire Reynold: «J’ai les yeux rivés sur le Tessin, parce que la Suisse a perdu sa cohésion et qu’elle va disparaître un jour comme beaucoup de petits Etats», avait fait remarquer le Duce devant le Grand Conseil fasciste en mars 1939 avant de déclarer à Hitler, en octobre 1940, que la Suisse, par son hostilité incompréhensible, «pose elle-même le problème de son existence».</p>
<p>Un landammann. Finalement, l’Italie déclarera la guerre le 10 juin 1940 à la France et à la Grande-Bretagne. La Suisse sera épargnée grâce à sa collaboration à l’effort de guerre allemand. Et l’Axe italo-allemand s’effondrera trois ans plus tard et Reynold ne verra jamais son pays devenir un régime chrétien et autoritaire avec, à sa tête, un landammann. Un régime qu’il appelait de ses vœux en juillet 1940.</p>
<p>Une Suisse fasciste? Alain Chardonnens n’y croit pas. Car même si Reynold admire le fascisme, il n’est pas un fasciste lui-même. «Ses positions idéologiques catholiques conservatrices expliquent cette distance», indique Alain Chardonnens qui a pu consulter après autorisation tous les documents «de Reynold» relatifs à la période fasciste. «Il s’est montré à plusieurs reprises critique à l’égard du fascisme dans ses articles, y regrettant amèrement l’absence de dogme catholique. De plus, à ses yeux, une dictature de droite devrait déboucher sur une monarchie. En tant que maurrassien, Reynold a toujours été un monarchiste déclaré.» Cela ne l’empêche pas de plaider dès 1940 pour une Suisse alignée sur l’Axe. Ou de jouer le jeu de l’Italie dès qu’il le peut, comme dans les années 1920 où il est déjà en contact épistolaire avec Mussolini.</p>
<p>«En qualité de rapporteur général de la Commission internationale de la coopération intellectuelle (à laquelle va succéder l’Unesco) de la Société des Nations (SDN) il prend l’initiative d’écrire à Benito Mussolini le 14 novembre 1925», raconte encore l’historien fribourgeois. «Le siège italien étant vacant, Reynold exhorte Mussolini de présenter la candidature non pas d’un libéral, mais d’un fasciste. Reynold souligne par ce geste son admiration pour le leader politique italien et son action. De son côté, Mussolini se montre satisfait d’obtenir du soutien d’intellectuels qui partagent sa vision politique.»</p>
<p>Cette proximité coûtera cher à Reynold après la guerre. «Il devient un paria politique», note Alain Chardonnens. Le Fribourgeois avait mis pourtant de l’eau dans son vin. «Dans le troisième tome de ses Mémoires (1963) et dans ses écrits, il passe sous silence le terrible bilan de l’Etat fasciste (bombes chimiques contre les Abyssins en 1936, lois raciales et déportation des Juifs) pour louer l’extraordinaire personnalité de Benito Mussolini lors de ses quinze premières années de pouvoir», souligne le chercheur. «Reynold loue l’énergie du leader italien qui a réussi dans ses premières années à stabiliser l’Italie. C’est ainsi qu’il se déclare, en 1967, «mussolinien» plutôt que «fasciste».</p>
<p>Oublis. Mais rien n’y fait. Après sa mort en 1970, à l’âge de 90 ans, Reynold, qui avait reçu en 1955 le Grand Prix Schiller, est victime d’une véritable damnatio memoriæ, une damnation de la mémoire. Cet écrivain romand majeur du XXe siècle, qui avait amorcé avec Ramuz et les frères Cingria le mouvement de rénovation de la littérature romande en créant en 1904 la revue la Voie latine, disparaît des écrans.</p>
<p>«Au début de 2010, quasiment aucun de mes élèves âgés de 18 ans auxquels j’enseigne l’histoire ou la sociologie politique à l’Ecole de culture générale de Fribourg n’a entendu parler de lui», souligne Alain Chardonnens.</p>
<p>Comme on n’aime guère rappeler que Benito Mussolini a reçu en 1937 le titre de docteur honoris causa de l’Université de Lausanne avec l’autorisation du Conseil d’Etat vaudois. Et que ce dernier offre en mai 1941 au Duce une copie du buste de Marc Aurèle qui vient d’être découvert dans les égouts d’Avenches.</p>
<p>Des hommages que la Suisse officielle préfère oublier. On a la mémoire qu’on veut bien…</p>
<p>«J’AI LES YEUX RIVÉS SUR LE TESSIN, PARCE QUE LA SUISSE A PERDU SA COHÉSION ET QU’ELLE VA DISPARAÎTRE UN JOUR COMME BEAUCOUP DE PETITS ÉTATS.»<br />
Benito Mussolini devant le Grand Conseil fasciste</p>
<p>1940, DES SEMAINES D’ANGOISSE<br />
10 mai Début de l’offensive contre la France, par les Ardennes. Reddition du Luxembourg. En Angleterre, Chamberlain démissionne et Churchill forme un gouvernement de coalition.</p>
<p>11 mai Seconde vague de mobilisation générale de l’armée suisse, 450 000 hommes sous les drapeaux.</p>
<p>14 mai Mise en place des milices locales sur le territoire suisse, par crainte d’une invasion allemande.</p>
<p>15 mai Reddition des Pays-Bas.</p>
<p>26 mai Début de l’évacuation des troupes alliées de la poche de Dunkerque («opération Dynamo») vers l’Angleterre.</p>
<p>28 mai Reddition de la Belgique</p>
<p>5 juin Hitler lance 150 divisions contre les 60 divisions françaises de la ligne Weygand, traverse la Somme.</p>
<p>10 juin Reddition de la Norvège. L’Italie fasciste déclare la guerre à la France ainsi qu’à la Grande-Bretagne.</p>
<p>14 juin Entrée des premières troupes allemandes à Paris.</p>
<p>17 juin Le maréchal Pétain, président du Conseil, annonce la cessation des combats des forces françaises.</p>
<p>18 juin De Gaulle fait appel aux Français pour poursuivre la lutte.</p>
<p>22 juin Armistice francoallemand.</p>
<p>25 juin Premier projet allemand d’invasion de la Suisse achevé: nom de code «Tannenbaum».</p>
<p>PORTRAIT<br />
Gonzague de Reynold<br />
«Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de nourrir les bouches inutiles – ou nuisibles. Une mesure s’impose: l’épuration de toute la population étrangère qui vit chez nous et mange notre nourriture.» Le slogan d’une nouvelle campagne de l’UDC? Pas tout à fait. C’est en fait Gonzague de Reynold (1880-1970) qui appelle en 1917 dans Le Journal de Genève à nettoyer nos villes. Intellectuel résolument de droite, nationaliste, xénophobe, nostalgique du passé aristocratique de la Suisse, adversaire du radicalisme de 1848 et partisan d’un gouvernement autoritaire, le comte fribourgeois ne manquait pas de stature ni de talent. Il fut professeur de littérature française aux Universités de Genève, Berne et Fribourg. Et il a écrit, beaucoup. Et il s’est trompé, beaucoup. N’a-t-il pas dit de Mein Kampf qu’il s’agissait d’un livre de génie et que son auteur, Hitler, était sympathique?</p>
]]></content:encoded>
	</item>
</channel>
</rss>
