Les collectivités humaines
Categorie(s) : Textes, par JI Genève
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Le degré de respect dû aux collectivités humaines est très élevé, par plusieurs considérations.
D’abord, chacune est unique, et, si elle est détruite, n’est pas remplacée. Un sac de blé peut toujours être remplacé par un autre sac de blé. La nourriture qu’une collectivité fournit à l’âme de ceux qui en sont membres n’a pas d’équivalent dans l’univers entier. Puis, de par sa durée, la collectivité pénètre déjà dans l’avenir.
Elle contient de la nourriture non seulement pour l’âme des vivants, mais aussi pour celles d’êtres non encore nés qui viendront au monde au cours des siècles prochains.
Enfin, de par la même durée, la collectivité a ses racines dans le passé. Elle constitue l’unique organe de conservation pour les trésors spirituels amassés par les morts, l’unique organe de transmission par l’intermédiaire duquel les morts puissent parler aux vivants. Et l’unique chose terrestre qui ait un lien direct avec la destiné éternelle de l’homme, c’est le rayonnement de ceux qui ont su prendre une conscience complète de cette destinée, transmis de génération en génération.
Simone Weil, L’enracinement






















