Jean Mabire – Patrick Pearse, une vie pour l’Irlande

Categorie(s) : Textes, par JI Genève

Titre de l’ouvrage : Patrick Pearse, une vie pour l’Irlande

Date de parution, éditeur, nombre de pages : 1998, Éditions Terre et Peuple, 135 pages

Sujet : Le sacrifice de Patrick Pearse pour l’indépendance de l’Irlande, de la révolution culturelle et politique jusqu’à la lutte armée.

Résumé :

Dès son plus jeune âge Patrick Pearse apprend des lèvres de sa tante les premiers mots de la langue gaélique, bafouée par l’occupant anglais. Il cache alors dans sa bibliothèque un vieux livre de grammaire irlandaise et se jure de rendre un jour à sa langue ses lettres de noblesse. Sauver la langue gaélique engloutie par le raz-de-marée du parler anglais devient à 17 ans déjà, son premier combat culturel. A cet âge, il rencontre le vieux chanoine du nom d’O’Leary, qui tel un vieux druide, lui transmet oralement les légendaires histoires des héros et des saints de son sang. « Les yeux agrandis par la révélation, Patrick découvrait le passé merveilleux de sa race… Un seul homme pouvait vraiment le comprendre : son frère William, de deux ans son cadet. Les deux jeunes Pearse, dans leur enfance, s’étaient mutuellement adoubés chevaliers d’un ordre secret, dont ils étaient les seuls membres et qui avait pour unique but la libération de l’Irlande. »

Après le décès de son père, et ayant terminé ses études juridiques, Patrick rejoint à 24 ans les rangs de la Ligue Gaélique, à la pointe du combat culturel et admirablement complétée d’une autre société qui s’occupait, elle, d’entraîner le corps : l’Association athlétique gaélique. « C’était le premier pas qui devait le mener vers les douze fusils d’un peloton d’exécution ». Patrick su, au sein de ses différentes sociétés, s’entourer « des meilleurs parmi les meilleurs d’entre les celtisants, pour qui la sauvegarde de la langue et des traditions devenait une sorte de croisade. » Pour compléter le combat culturel nécessaire à la lente maturation d’une révolution politique, l’écrivain gaélique, poète et orateur, crée en 1908, l’Ecole Saint-Enda, où il donne à ses élèves la devise d’une éducation virile : « la force dans nos bras, la vérité sur nos lèvres et la pureté dans nos cœurs ».

A cette époque, deux hommes incarnent la politique irlandaise : John Redmond et Arthur Griffith. Le premier, représentant de l’Irish Parliamantary Party espère pouvoir négocier avec l’Angleterre non pas l’indépendance, mais du moins l’autonomie. Cette politique, le Home Rule, parait pour les irlandais les plus intransigeants être née dans l’imaginaire des compatriotes collaborateurs de la puissance occupante. C’est ce qu’avait compris le deuxième personnage, Arthur Griffith, qui en 1905 crée une nouvelle formation du nom de Sinn Fein (Nous-même) et qui ne cache pas ses vues séparatistes et indépendantistes. Patrick Pearse se tient à l’écart de ces formations politiques, jugeant qu’il manque à leurs dirigeants la vision de la densité spirituelle et culturelle de l’Irlande, de son identité profonde, vision qui transforme l’agitateur en prophète seul à même d’embraser les foules. De toute façon, Patrick ne s’intéresse pas à la politique électorale, bien que ce que pouvait obtenir ces partis ne le laisse pas toujours indifférent.

« Si aucune des organisations reconnues de lutte politique ne pouvait attirer le directeur de Saint-Enda, il en était une, clandestine, qui devait tôt ou tard, déceler en lui l’homme de valeur que son pays attendait, comme lui-même devait trouver chez elle le cadre ou faire éclater sa personnalité généreuse. C’était l’Irish Republican Brotherood ou Fraternité républicaine irlandaise. » A l’I.R.B, Patrick rencontre des hommes tel que Thomas Clarke qui après avoir passé 16 ans en prison pour avoir manié la dynamite dans sa jeunesse, n’avait jamais renoncé à son but ultime : une Irlande indépendante. Au contact de gens tel que Clarke, Pearse glisse, en 1910, du combat culturel au combat révolutionnaire dont il comprend peu à peu la valeur.

Le 25 novembre 1913 sont crées les Irish Volonteers (les Volontaires irlandais) dont les buts avoués sont sensés ne pas trop inquiéter les autorités britaniques. « Il s’agissait d’une garde nationale dont le caractère semi-officiel devait atténuer le côté séditieux ». Ces Volontaires sont organisés comme une armée, en compagnie et bataillons et au début, c’est une espèce de « fourre-tout » dans lequel on trouve aussi bien des hommes de la trempe de Clarke que des parlementaires irlandais. Les hommes qui avaient prêté serment dans l’I.R.B occupent tous des postes clés dans la milice nouvellement créée, ce qui permet, en 1915, « l’épuration » des rangs des Volontaires, n’y laissant presque que des hommes véritablement irlandais, révolutionnaires et séparatistes.

En 1915, Patrick Pearse met définitivement les pieds, comme il l’avait toujours voulu, dans le combat armé, l’insurrection sanglante, seul à même selon lui de libérer l’Irlande de l’occupant anglais. Le nationaliste Pearse et le socialiste Connolly, parviennent à unir patriotes et travailleurs dans un même combat. C’est l’étincelle produite par cette union sacrée qui mit le feu aux poudres et qui permit le soulèvement de Pâques, et qui plus tard sera peut-être à l’origine de le république irlandaise que l’on connaît aujourd’hui.

En ce jour du 23 avril 1916, jour de Pâques, plusieurs petits « bataillons » de quelques dizaines d’hommes s’emparent de différents quartiers de Dublin, arme au poing, pendant que Pearse et ses hommes, dont Michael Collins (futur chef des services secrets de l’Irish Republican Army), pénètrent dans la «Grande Poste », et montent des barricades dans le secteur. Un appel est lancé par Patrick Pearse, celui qui est, en ce jour sanglant, le général en chef et le président du gouvernement provisoire de la république d’Irlande Libre. « Irlandais et Irlandaises : au nom de Dieu et des générations disparues, dont elle reçoit son antique tradition de nationalité, l’Irlande, par nos voix, appelle ses enfants autour de son drapeau pour conquérir sa liberté. Affirmant par les armes notre droit à la face du monde, nous proclamons ici la République irlandaise Etat indépendant et souverain, et nous vouons nos vies et celles de nos compagnons d’armes à la cause de sa liberté, de sa prospérité et de son élévation parmi les nations. »

La rapidité et la brutalité de la répression britannique sont fulgurantes malgré ses yeux et ses armes portées vers l’Allemagne alors en pleine guerre mondiale. Patrick Pearse et ses compagnons sont plus tard condamnés à la peine capitale, mais leurs sacrifices ne sont pas vains.

Patrick Pearse aura été un éveilleur de peuple qui a inspiré de nombreux combattant de la Liberté après lui.

Citation(s) :

« Donnez moi cent hommes résolus, élevés dans la traditions celtique, et j’affranchirai l’Irlande. »

« L’ère économique ne durera pas et reviendra alors la vie réelle qui est un dur combat. »

« Un jour des millions d’hommes qui ne sont pas encore nés habiteront dans la nation que nous allons construire pour eux. »

« Plus tard, le peuple d’Irlande comprendra les raisons de notre combat. Les héros et les saints sont toujours crucifiés, mais ils ressuscitent pour être adorés par ceux qui les ont crucifiés. »

« Le fou qui sait qu’il est fou est l’homme le plus sage »

Appréciation personnelle :

Le livre est très agréable à lire. Les mots anglais et gaéliques sont traduits et il ne demande pas la connaissance d’un vocabulaire spécifique. Les phrases ne sont ni trop longues ni trop complexes, ce qui donne un certain rythme. Ce livre peut être lu aussi bien par les jeunes identitaires que par les plus érudits. L’intérêt de ce récit d’un point de vue identitaire réside dans les concepts « d’éveilleur de peuple » et de « combat culturel ». On y trouvera aussi l’aspect historique et stratégique ainsi que la valeur d’exemple.

C’est à Jean Mabire, que l’on doit l’expression « éveilleur de peuple ».

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