Au delà des droits de l’homme, Alain de Benoist
Categorie(s) : Textes, par JI Genève
Auteur : Alain de Benoist
Titre de l’ouvrage : Au delà des droits de l’homme
Date de parution, éditeur, nombre de pages : 2004, Editions Krisis, 150 pages
Sujet : La recherche des fondements de l’idéologie des droits de l’homme, les droits de l’homme face à la diversité des cultures et face à la politique, la liberté et la démocratie.
Résumé : Il est impossible de résumer succinctement cet ouvrage d’Alain de Benoist tant nombreux sont les arguments et les citations d’auteurs. Néanmoins de chaque chapitre on peut tirer quelques idées principales.
Le premier chapitre s’articule autour de la question suivante : les droits de l’homme sont-ils du droit ? L’idéologie des droits définit les droits de l’homme comme étant innés et inhérents à la nature humaine. Les hommes naissant à « l’état de nature » possèdent intrinsèquement ces droits. Hors ce postulat est contredit par la notion même de « droit ». A l’origine ce dernier n’est qu’une discipline visant au partage des biens entre les hommes. « Le juriste est celui qui détermine cette juste répartition. » Le droit ne doit donc pas être confondu avec la morale qui elle, recèle les règles et les normes de conduites. Jusqu’à là, rien de terriblement excitant. Mais plus loin l’auteur poursuit comme suit : « si les droits de l’homme sont du droit, celui-ci n’a donc plus rien à voir avec ce que l’on entendait par « droit » lorsque celui-ci a été fondé. Le droit naturel classique a été remplacé par un droit naturel moderne, qui argumente à partir de bases théologiques radicalement différentes, et ne trouve plus en face de lui que la platitude et l’insuffisance manifeste du positivisme juridique (…). Les droits de l’homme constituent l’habillage juridique d’une revendication morale de la notion biblique de justice. » Alain de Benoist conclut le chapitre par ces mots : « L’idéologie des droits de l’homme vise à soumettre l’humanité entière à une loi morale particulière relevant de l’idéologie du Même. »
Le deuxième chapitre est consacré à la recherche d’un fondement pour les droits de l’homme. « Lorsque L’UNESCO eut décidé, en 1947, de lancer une nouvelle Déclaration universelle des droits de l’homme – celle-là même qui allait être solennellement proclamée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations-Unies -, ses dirigeants entreprirent de procéder à une vaste enquête préalable. (…). Environ 150 intellectuels de tous les pays se virent ainsi demander de déterminer la base philosophique de la nouvelle Déclaration des droits. Cette démarche se solda par un échec, et ses promoteurs durent se borner à enregistrer des divergences inconciliables entre les réponses obtenues.» Que l’on justifie les droits de l’homme par l’utilitarisme, par la nature de l’homme ou de son soi-disant antique « état de nature », par la volonté (Würde) kantienne, par l’impossible universalisme de ces derniers, par la raison, la « dignité de l’homme » et son appartenance à l’humanité ou par le fait qu’ils sont simplement des « droits naturels », rien ne résiste à l’analyse de l’auteur. Dans le dernier cas par exemple, les droits de l’homme vont soit à l’encontre de ce que l’on observe effectivement dans la nature (« la nature ne peut conseiller que le crime » selon Baudelaire), soit ils concernent des choses sur lesquelles la nature ne dit strictement rien. Le chapitre se clôt avec ses mots : « au bout du compte la théorie se ramène à dire qu’il est préférable de ne pas subir d’oppression, que la liberté vaut mieux que la tyrannie, qu’il n’est pas bien de faire du mal aux gens, et que les personnes doivent être considérées comme des personnes plutôt que comme des objets, toutes choses qu’on ne saurait contester. Un tel détour était-il nécessaire pour en arriver là ? » A vous d’en juger.
Le troisième chapitre est beaucoup plus intéressant d’un point de vue identitaire. Il démontre l’incompatibilité des droits de l’homme et de sa volonté universaliste avec la diversité des cultures. Ceci est agrémenté d’exemples concrets et d’actualité (lapidation, excision…). Le postulat selon lequel les droits de l’homme sont valables en tous lieux et en tous temps constitue une prétention d’universalité qui par extension constitue à son tour une prétention de vérité absolue. « Le problème devient spécialement aigu lorsque les pratiques sociales ou culturelles dénoncées au nom des droits de l’homme ne sont pas des pratiques imposées, mais des pratiques coutumières jouissant de toute évidence d’une faveur massive au sein des populations concernées. » « Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui a servi de base à la décolonisation, contredit d’emblée le droit d’ingérence à vocation « humanitaire. » A titre d’exemple, on peut citer l’intervention américaine de 1993 pendant le guerre civile somalienne.
Si les droits de l’homme sont une vérité universelle, si tout un chacun naît égal en dignité et en droit, comment expliquer que ce soit uniquement l’Occident qui en a fait la découverte avant tout le monde ? Si les droits de l’hommes sont réputés universels, absolument vrais et inaliénables, comment se fait il qu’il faille les imposer par les armes ? Au nom de quoi, hormis l’expansion des marchés, l’Occident se permet-il de faire du prosélytisme « droidelhommiste » au reste du monde ? Pourquoi affirmer des droits communs du fait de l’appartenance à un seul échelon biologique, l’espèce humaine, et du même coup refuser des droits communs à d’autres échelons, plus petit ou plus grands ? En raisonnant de cette façon, on peut affirmer que les droits de l’homme ne sont finalement qu’une poignée d’écrits émanant de volontés purement « spécistes ». Pourquoi ne pas étendre les droits de l’homme à tous les être vivants, afin de renforcer cette idéologie du Même qui rend les êtres interchangeables ? Et de l’autre côté, pourquoi condamner des pratiques « juridique » qui ne sont propres qu’à un seul peuple ?
Pour conclure cette courte synthèse, je tiens à citer quelques passages judicieusement choisis du dernier chapitre qui s’articule autour des notions de liberté, de politique et de démocratie :
« Toute justice a besoin d’une puissance politique qui lui serve au moins de force d’exécution. En l’absence d’un gouvernement mondial, la puissance appelée à jouer le rôle d’une police planétaire ne peut être que celle des forces armées assez puissantes pour que nul ne puisse leur résister. Comme les armées sont toujours au service d’États particuliers, cela revient donc à consacrer l’hégémonie des superpuissances, dont il serait naïf de croire qu’elles ne chercheront pas d’abord à servir leurs propres intérêts, fût-ce en couvrant leurs agressions du manteau de la morale et du droit. »
« L’idéologie des droits de l’homme ne veut connaître que des individus abstraits, la démocratie ne connaît que des citoyens. » La première « équivaut à une obligation faite aux citoyens de renoncer à n’être gouvernés que par les dirigeants qu’ils ont élus. Elle implique que l’autorité ultime à laquelle les citoyens doivent obéissance n’est plus celle de ces dirigeants élus, mais celle d’instances ou de juridictions internationales dont les membres, parlant en quelque sorte au nom d’une vérité révélée, n’ont pas la moindre légitimité démocratique. »
Avec ce petit résumé j’espère avoir simplement éveillé votre curiosité et votre envie d’en savoir d’avantage.
Citation(s) :
« Une évidence est de l’ordre du dogme : elle ne se discute pas. C’est pourquoi il paraît aujourd’hui aussi inconvenant, aussi blasphématoire, aussi scandaleux de critiquer l’idéologie des droits de l’homme qu’il l’était autrefois de douter de l’existence de Dieu. »
« De même, enfin, que les croyants pensaient naguère avoir le devoir de convertir par tous les moyens « infidèles » et mécréants, les tenants du credo des droits de l’homme se considèrent comme légitimement investis de la mission d’en imposer les principes au monde entier. »
« Associé à l’expansion des marchés, le discours des droits de l’homme constitue l’armature idéologique de la globalisation. »
« La question des libertés ne saurait se résoudre en termes de droits ou de morale. Elle est avant tout une question politique. Elle doit être résolue politiquement. »
« Contester l’idéologie des droits de l’homme, ce n’est donc évidement pas plaider pour le despotisme, c’est bien plutôt contester que cette idéologie soit le meilleur moyen d’y remédier. »
« L’utilitarisme ne saurait fonder les droits de l’homme, puisqu’il pose en principe qu’il est toujours légitime de sacrifier certains hommes si ce sacrifice permet d’augmenter « la quantité de bonheur » d’un nombre d’homme plus important. »
« Les droits de l’homme ne sont universels que s’ils incluent le droit de ne pas croire au dogme de l’universalité des droits. » Giuliano Ferrara
« Tout universalisme tend à l’ignorance ou à l’effacement des différences. »
« Si le respect des droits individuels (droits de l’homme) passe par le non-respect des cultures et des peuples, faut il en conclure que tous les hommes sont égaux mais que les cultures que ces égaux ont crées ne sont pas égales ? »
Appréciation personnelle :
Ce livre qui contient une myriade de notes, de citations et de références, fait partie de ceux qui se dégustent. Ceux devant lesquels il faut réfléchir et revenir souvent plusieurs phrases en arrière afin d’en comprendre tout le sens. Les phrases sont souvent complexes, parfois longues ; et les principes détournés, ce qui demande beaucoup d’attention ou mieux, l’expérience de la littérature philosophique et du vocabulaire inhérent à ce genre d’ouvrage. Bien que relativement courte (environ 133 pages), la lecture de ce livre devrait être appréciée des érudits. L’intérêt de ce récit d’un point de vue identitaire n’est pas à démontrer, tant aujourd’hui la société est basée sur la religion des droits de l’homme. « Le sacre des droits de l’homme, a écrit Marcel Gauchet, est à coup sûr le fait idéologique et politique majeur de nos vingt dernières années. »
Pour conclure, la lecture de ce livre et de ses nombreux « piques argumentaires » permettront d’améliorer le discours de nombreux militants en la matière.
Le livre complet est disponible gratuitement au format pdf à l’adresse suivante :
http://www.alaindebenoist.com/pdf/au-dela_des_droits_de_l_homme.pdf






















