Les huit péchés capitaux de notre civilisation, Konrad Lorenz
Categorie(s) : Textes, par JI Genève

Auteur : Konrad Lorenz
Titre de l’ouvrage : Les huit péchés capitaux de notre civilisation
Date de parution, éditeur, nombre de pages : 1973, Flammarion, 166 pages
Sujet :
Huit menaces majeures pèsent sur l’avenir de l’humanité. Dans cet ouvrage, le biologiste et zoologiste autrichien Konrad Lorenz les décrit et détermine leur cause.
Résumé :
Le progrès technologique est responsable indirectement de bon nombre de menaces. En effet, il permet de satisfaire plus rapidement et de manière trop facile un nombre croissant de besoins. Le confort dans lequel se vautrent les citadins occidentaux les amollit.
La surexploitation des ressources naturelles et la dévastation de la nature sont des menaces évidentes sur la pérennité de la vie humaine. Elles font perdre à l’homme tout respect de la beauté et de la grandeur d’une création qui le dépasse.
On aurait pu croire que le surpeuplement de la terre engendrerait un rapprochement entre les être humains. En réalité, il a pour conséquence de forcer les gens à s’isoler tant les capacités sociales des gens sont trop sollicitées. A force de se marcher dessus dans les grands centres urbains, l’agressivité entre les gens est à son comble.
La compétition entre les hommes, cette course contre eux-mêmes induite par notre modèle économique, empêche les hommes d’être attentifs aux valeurs véritables et les prive de la réflexion. Ceci les mène à la déshumanisation.
Il n’existe aujourd’hui plus aucune forme de sélection ce qui entraine une dégradation génétique et l’apparition de plus en plus de parasites sociaux.
Autre grave problème : la rupture des traditions, les jeunes générations n’arrivent plus à s’identifier à celles qui les ont précédés et une sorte de « néophilie » (attirance pour tout ce qui est nouveau) a prit la place de l’héritage, conséquence de la diminution des contacts entre parents et enfants.
L’augmentation des moyens pour diffuser l’information et l’augmentation du nombre d’hommes rassemblés en un groupe culturel permettent d’influencer l’opinion publique et de créer l’uniformité des vues. Manipuler des foules devient alors très facile pour celui qui tient dans sa main les mass-médias. Des thèses fausses et dangereuses peuvent être disséminées dans la population. Le Meilleur des mondes n’est pas loin.
Le dernier danger dont parle Konrad Lorenz dans son livre est le conflit nucléaire, pourtant celui-ci semble le moins probable et le plus facile à éviter parmi les autres précités.
Ces phénomènes de déshumanisation, dont nous avons parlé du premier au septième chapitre, sont favorisés par une doctrine pseudo-démocratique qui affirme que le comportement social et moral de l’homme n’est absolument pas déterminé par l’évolution phylogénétique de son système nerveux ou de ses organes sensoriels, mais qu’il est uniquement influencé par le « conditionnement » qu’il a subi au cours de son ontogenèse du fait de son environnement culturel. (p.166)
Citation(s) :
Il faut avoir demandé l’hospitalité dans une région peu peuplée, où plusieurs kilomètres de mauvaise route séparent les voisins les uns des autres, pour mesurer combien l’être humain est hospitalier et capable de sympathiser avec autrui, lorsque ses facultés de contact ne sont pas perpétuellement sollicitées à l’excès. (p.26)
Comparons, d’un œil critique, le centre ancien de n’importe quelle ville d’Allemagne, avec sa banlieue moderne qui prolifère honteusement à travers la campagne alentour, ou bien avec des localités encore épargnées. Comparons ensuite la coupe histologique d’un tissu organique sain, avec celle d’une tumeur maligne. On trouvera d’étonnantes analogies ! (p.41)
L’estimation à sa juste valeur d’un homme normal exige, de plein droit, l’affirmation de son individualité. De par sa phylogénèse, il n’est pas fait, comme le termite ou la fourmi, pour pouvoir supporter d’être réduit à un élément anonyme et parfaitement interchangeable, parmi des millions d’individus rigoureusement identiques. (p.43)
L’une des pires conséquences de l’agitation, nourrie par l’angoisse, est l’incapacité manifeste des hommes modernes à rester seuls en face d’eux-mêmes, ne serait-ce qu’un seul moment. (p.54)
Cet amour de la nouveauté ou « néophilie », affecte à peu près tous les rapports avec le monde extérieur dont l’homme est capable. Pour ceux qui sont atteints par cette maladie culturelle, une paire de soulier, un costume, une voiture perdent complètement leur attrait en peu de temps d’usage, exactement comment la personne aimée, l’ami ou même la patrie. (p.72)
Sans cette hiérarchie, la forme la plus naturelle d’amour humain, celle qui unit normalement les membres d’une famille, n’existerait même pas. Des milliers d’enfants sont devenus de malheureux névrosés, du fait de la célèbre éducation « anti-autoritaire » destinée à éviter les frustrations. (p.119)
C’est une vérité éthique incontestable que tous les hommes ont droit aux mêmes possibilités de développement. Mais on commet fréquemment l’erreur de fausser cette vérité, en disant que tous les hommes sont virtuellement égaux. La théorie du béhaviorisme va plus loin, en affirmant que tous les hommes deviendraient égaux, s’ils pouvaient se développer dans les mêmes conditions extérieures, et qu’ils deviendraient des hommes idéals si les conditions étaient idéales. Ainsi les hommes ne peuvent pas, ou plutôt ne doivent plus posséder des qualités héréditaires, aucune surtout de nature à déterminer leur comportement ou leurs besoins sociaux. (p.139)
Appréciation personnelle :
Ce livre est traduit de l’allemand, ce qui ne l’empêche pas d’être tout à fait agréable et rapide à lire. On aurait pu s’attendre à un livre compliqué de la part d’un zoologue, biologiste, ethologue et psychologue qui a reçu le prix Nobel de médecine en 1973, il n’en est rien. Mis à part quelques mots qui demanderont la présence d’un dictionnaire à vos cotés, le livre est parfaitement compréhensible, même pour les profanes.
Jean-David






















