Histoire et tradition des Européens, Dominique Venner
Categorie(s) : Textes, par JI Genève
Auteur : Dominique Venner
Titre de l’ouvrage : Histoire et Tradition des Européens – 30’000 ans d’identité
Date de parution, éditeur, nombre de pages : 2002, réédition 2004, Editions du Rocher, 270 pages
Sujet :
L’objet de ce livre est un retour aux sources, l’auteur s’interroge sur ce qu’est l’Europe et qui sont les Européens. Cette identité qui n’a rien à voir avec l’Union Européenne remonte à la préhistoire, comme le suggère le sous-titre « 30’000 ans d’identité ».
Résumé :
Le constat est clair, l’Europe est en grand danger. Partout dans le monde les identités s’affirment et seuls les Européens nient la leur.
Cette négation est expliquée par le nihilisme dont on trouve l’origine dans le matérialisme. L’auteur s’attache ensuite à expliquer comment les combattre. L’arme que les Européens ont entre leurs mains est la Tradition, il faut vivre selon celle-ci. C’est-à-dire :
Vivre selon la Tradition, c’est se conformer à l’idéal qu’elle incarne, cultiver l’excellence par rapport à sa nature, retrouver ses racines, transmettre l’héritage, être solidaire des siens. Cela veut dire également chasser de soi le nihilisme, même si l’on sacrifie en apparences aux normes pratiques d’une société qui lui est asservie par le désir. Cela implique une certaine frugalité afin de se limiter pour se libérer des chaînes de la consommation. Cela signifie retrouver la perception poétique du sacré dans la nature, l’amour, la famille, le plaisir et l’action. Vivre selon la tradition signifie encore donner une forme à son existence en se prenant pour juge exigeant, le regard tourné vers la beauté réveillée de son cœur plus que vers la laideur d’un monde en décomposition.
Pour vivre selon sa Tradition, encore faut-il la connaître. C’est pourquoi Dominique Venner nous propose ensuite une plongée dans l’identité européenne. Tout d’abord, il en éclaircit les origines qu’il fait remonter à la préhistoire et aux peintures rupestres des cavernes. Déjà à cette époque, de l’océan atlantique jusqu’à l’Oural on discerne une familiarité dans l’art animalier.
Sur cette aire d’expansion, on découvrira au XVIIIème siècle qu’une langue commune à tous les Européens fut parlée : l’Indo-européen. Cette découverte se base sur des comparaisons linguistiques entre les actuelles langues européennes.
Plus tard, des scientifiques s’engouffrèrent dans cette brèche pour découvrir que les mythologies des différents peuples européens étaient très familières, le père des ces études sur la mythologie comparée était Georges Dumézil. Ce fut également lui qui expliqua que les Européens ont très souvent organisé leurs cités et leur spiritualité selon la trifonctionnalité.
Toutes ces découvertes ont amené des scientifiques à s’interroger sur l’existence d’un peuple indo-européen. Cette hypothèse semble aujourd’hui être de plus en plus acceptée et l’on cherche même à définir quel fut le foyer d’origine du peuple indo-européen. L’auteur, en s’appuyant sur les récits mythiques de plusieurs peuples européens, situe celui-ci dans le nord de l’Europe.
Les Européens ont une origine commune mais ils ont aussi un poème épique qui de tout temps a été une source d’inspiration pour eux. En témoigne l’importance que les Européens lui ont toujours porté ; ce poème est le plus ancien que l’on connaisse. Malgré qu’il ait traversé trois millénaires, il nous est parvenu miraculeusement complet. Il s’agit bien entendu de l’œuvre d’Homère, l’Iliade et l’Odyssée.
On y voit les héros européens de toujours s’incarner dans les personnages d’Achille et d’Ulysse. Confrontés à la vie, à la mort, à l’amour et tourmenté par des sentiments comme la fidélité, l’infidélité, la haine, la pitié et le devoir de défendre sa patrie, les héros et donc l’œuvre d’Homère a donné au monde antique une organisation de vie spirituelle et de vie terrestre tout aussi fortement que le Christ au monde moderne dira Dostoïevski cité par Venner. Celui-ci ira même plus loin en déclarant que l’Iliade et l’Odyssée sont les livres sacrés des Européens.
Dans la guerre de Troie décrite par Homère dans ses deux livres, les Grecs se combattent entre eux. Quelques siècles plus tard, les Grecs d’alors seront confrontés à une menace très grave, l’invasion perse. C’est seulement à ce moment en se voyant dans l’œil de l’ennemi que les Grecs se rendront compte de leur unité. En effet, l’identité se perçoit quand il y a confrontation avec l’altérité.
Les auteurs grecs comme Platon diront que l’état normal entre les Grecs est la paix, mais face aux barbares l’état normal est la guerre. Aristote estimera que les barbares n’ont pas leur place dans la cité car ils sont un facteur de déstabilisation.
Pourtant une des plus grandes impulsions cosmopolites viendra de Grèce, lorsqu’Alexandre le Grand voulut unifier son immense empire asiatique à l’Europe. A titre d’exemple il prit pour femme une barbare asiatique et obligea ses 90 compagnons à en faire autant. A la mort de l’empereur, tous répudièrent leur femme à une exception près. L’empire immense, qui ne reposait que sur l’ambition démesurée d’un seul homme, s’écroula.
Rome trop bonne élève d’Alexandre mourra aussi de ses conquête. L’orientalisation de l’empire la tuera spirituellement, tandis que les barbares du nord réfugiés sur les terres d’empire aideront ceux qui sont restés en dehors à détruire les armées romaines.
Dominique Venner revient sur l’œuvre d’Homère qu’il confronte à plusieurs philosophes antiques dont Platon. Ce dernier n’appréciait pas la façon immorale dont les dieux se comportaient dans l’Iliade et l’Odyssée. Les néo-platoniciens eux, comme Jamblique, le divinisèrent. La postérité d’Homère devance celle de Platon.
L’autre immense apport antique à la civilisation européenne vient de Rome et ses nombreux legs en matière juridique, politique, morale et philosophique. Rome s’écroulera mais restera vivante chez les rois francs, les Habsbourg, Frédéric II et bien d’autres. Même au XXème siècle Venner voit dans les sacrifices pour leur pays de François-Joseph et du Maréchal Mannerheim l’expression de la devotio romaine.
L’imaginaire arthurien a notamment à travers les romans de Chrétiens de Troyes ou encore la Chanson de Roland permis à l’âme chevaleresque de survivre, aujourd’hui encore la chevalerie peut surgir là où on l’attend le moins.
Au XXème on a parlé de la libération de la femme, comme si tous les siècles antérieurs n’étaient qu’un âge sombre pour le sexe féminin. Or, en Europe, la femme a toujours été respectée et a bénéficiée d’une place particulière comme en témoigne par exemple l’amour courtois. Dominique Venner voit dans le couple Ulysse – Pénélope l’expression de deux principes opposés et complémentaires, à la manière de Mars et Venus qui pour le premier représente les vertus guerrières et la virilité et pour la seconde l’amour et la féminité.
Le nihilisme occidental n’affecte pas seulement les traditions mais transforme petit à petit les consommateurs en zombies dont les désirs ne s’expriment plus que sur le marché, dont les seuls divertissements sont ceux qui se paient et dont la religion a pour fondement les Droits de l’Homme. Une nouvelle inquisition pourchasse ceux qui refusent ce modèle.
Bien que Venner dresse un tableau assez noir de notre époque en parlant de déclin et de décadence, il n’oublie pas que la civilisation européenne comme bien d’autres a connu des périodes sombres. Rien n’est inéluctable. L’histoire est cyclique, elle est une perpétuelle renaissance.
Venant d’horizons inattendus, les résistances sont nombreuses. Comme dans le conte de la Belle au bois dormant, la mémoire endormie se réveillera. Elle se réveillera sous l’ardeur de l’amour que nous lui porterons.
Le livre se termine sur une constante de l’identité européenne. Bien nombreux sont ceux qui furent attirés par l’exotisme, parfois mêmes des années durant. Il s’agit simplement d’un chemin pour se retrouver. A la manière d’Ulysse et des Argonautes, ou encore de Mircea Eliade pour qui leurs voyages furent une révélation de leur propre identité.
Citations :
Devant ce que leur impose le destin, les Européens n’ont pas d’autres choix que de rompre avec la fatalité et de revenir à leurs sources primordiales. A l’exemple de Perceval partant à la quête du Graal, il leur faut, dans la forêt des symboles, redécouvrir leur tradition pour y chercher les étalons d’une vie qu’ils peuvent faire différente. (p.13)
Les ingénieurs et architectes qui, vers 1975, conçurent les deux tours géantes du World Trade Center de New York avaient voulu en faire les plus hautes du monde. Elles incarnaient l’orgueil faustien dans ce qu’il y a de plus puéril. Au matin du 11 septembre 2001, elles disparurent en quelques instants après avoir été percutées par deux avions de lignes piratés, symboles, eux aussi d’hypertechnicité. Il n’en restait plus qu’un tas de gravas et de poutrelles tordues, recouvrant des cadavres. Alors que le Parthénon, Stonehenge et nos cathédrales avaient résisté aux siècles, aux catastrophes historiques et à quelques bombardements, l’effondrement soudain de ces châteaux de verre s’affichait comme un signe éloquent de l’époque. (p.222)
La mort d’une civilisation ne signifie pas que l’histoire s’arrête. Sur les décombres du système effondré apparaissent les pousses nées de ce qui a précédé. La table rase n’existe pas. Même l’âme des Aztèques a survécu à son assassinat par les conquistadors et les missionnaires. Au XXème siècle, celle de la Russie a résisté à 80 ans de table rase. Toujours se déploie la spirale et tourne la roue de la vie. (p.241)
L’auteur :
Dominique Venner est le directeur de l’excellente Nouvelle Revue d’Histoire qui parait tous les deux mois en kiosque. Dans sa jeunesse, il fut un militant nationaliste acharné, qui lutta pour l’Algérie française en tant que soldat mais aussi dans l’OAS. Il fit de la prison pendant plusieurs mois. Temps qu’il mit à profit pour écrire Pour une critique positive. Il continua plusieurs années à militer, notamment au sein du GRECE ou d’Europe Action. Il mit fin à sa carrière de militant en 1968 et se consacra à l’histoire mais ne renia jamais ses idéaux de jeunesse.
Appréciation personnelle :
Ce livre qui est selon les mots de Dominique Venner le fruit d’une souffrance surmontée, d’une très ancienne méditation et d’une volonté. Le style est celui d’un ancien, d’un sage, d’un vétéran qui raconte, à ses pairs et surtout aux jeunes, qui nous sommes. Ce livre est écrit avec ferveur et cela se ressent à chaque page. Il s’agit donc d’une lecture enivrante qui ne souffre d’aucun ennui ou longueur.
Ce livre est fondamental pour chaque militant identitaire ; Pas seulement pour ce qu’il contient mais également pour l’univers intérieur qu’il nous fait découvrir et l’envie qu’il nous donne de nous attaquer à des dizaines d’autres livres. Il donne soif de connaître, de savoir et de découvrir. Il est indispensable.
Jean-David








































